Les services secrets soudanais resserrent la bride sur les journalistes

Reporters sans frontières (RSF) s’inquiète de l’accélération, depuis mai 2017, des atteintes à la liberté d’expression menées par les services secrets soudanais. Saisies de journaux, arrestations arbitraires, interrogatoires au secret, poursuites judiciaires se sont en effet multipliées ces dernières semaines. Un réel danger pour la liberté d’informer.

Il y a deux jours, le 20 août, les services du renseignement soudanais ont saisi tous les exemplaires du journal El Sayha, “comme d’habitude sans raisons”, a expliqué le Réseau des journalistes soudanais (SJNet) dans un communiqué. Le quotidien avait déjà été saisi dans le passé à sa sortie de l’imprimerie. Un abus de pouvoir selon RSF qui critique des violations quotidiennes de la liberté d’informer de la part des services secrets soudanais, (National Intelligence and Security Service, NISS), en toute impunité.


Cette pratique du NISS a déjà été dénoncée par RSF dans le passé compte tenu de ses graves conséquences financières. Outre les arrestations et les détentions, les services de renseignement ont pris l’habitude de confisquer des exemplaires de journaux qui déplaisent aux autorités. Le 10 juillet, deux quotidiens sportifs Al-Zawiya et Al-Zaem ont ainsi été saisis à la sortie de l’imprimerie car ils mentionnaient la décision officielle de la FIFA de suspendre la Fédération du Soudan de football (SFA). El Jareeda, le journal qui avait publié une tribune dénonçant la brutalité des services de sécurité a lui aussi été confisqué en juillet.


Les journalistes auteurs des articles considérés comme problématiques sont également inquiétés. Hanadi El Siddig, la journaliste à l’origine de la tribune censurée d’El Jareeda, a ainsi été convoquée et interrogée par le NISS à deux reprises entre le 13 et le 14 juillet, au lendemain de la confiscation. La journaliste explique avoir subi, à cette occasion, de longues séances d’intimidation concernant ses prises de position.


Multiplication des interrogatoires au secret et des poursuites judiciaires.


Les services de renseignement ont rivalisé ces derniers temps de moyens de censure contre les médias qui couvrent la gronde sociale. En juillet, RSF a recensé six cas de journalistes passés par les interrogatoires musclés des services de renseignement, parfois sans qu’aucune charge ne soient prononcées contre eux.


Le journaliste Alla Eldien Aldefeina a passé plus d’un mois en détention dans des locaux du NISS, à Bahri, une ville située au Nord de Khartoum - depuis son expulsion d’Arabie Saoudite, où il avait déjà été emprisonné pendant plusieurs mois. Selon les informations que nous avons recueilli, les services secrets ont passé un accord avec la sécurité saoudienne afin de le faire venir au Soudan, où il l’ont interrogé au sujet d’articles publiés par le journaliste sur différents médias en ligne, pendant la campagne de désobéissance civile en 2016. De nombreuses fois arrêté par le passé, le journaliste avait fui le Soudan à la suite de menaces et de tortures.


“De telles mesures contre les journalistes sont inacceptables, estime Reporters sans frontières. Le NISS doit cesser son entreprise d’intimidation contre les médias qui ne font qu’informer la population sur des sujets d’intérêt public. Ce ne sont pas les journalistes mais les agents du NISS qui devraient être arrêtés et poursuivis par la justice pour qu’ils comprennent que leur impunité ne peut plus durer. “


Taire les sujets qui fâchent


Couvrir la violence des services de police, la contestation d’activistes, ou encore la corruption des autorités constituent autant de prétextes pour le NISS de s’en prendre aux journalistes.


Le 26 juillet 2017, le NISS avait également interpellé Abdellatif Eldaw, correspondant d’Al-Midan dans la ville d’Al-Qadarif, dans le sud-est du Soudan, alors qu’il couvrait une manifestation d’enseignants demandant le paiement de leurs salaires.


Le 10 juillet, la justice soudanaise a condamné Amal Habani, journaliste pour le journal en ligne soudanais Al-Taghyir et lauréate du prix Amnesty International, à une amende de 10 000 livres soudanaises, ou à une peine de prison de 4 mois. Elle a été reconnue coupable d’avoir empêché des agents de sécurité de faire leur travail, en mars, en prenant des photos à la sortie d’un procès d’activistes de la société civile. Lorsqu’elle a demandé sa carte d’identité à un agent du NISS qui cherchait à lui prendre son téléphone, ce dernier l’a traînée dans les bureaux des renseignement où il l’a battue.


Poursuivis en justice depuis le 2 mai dernier, Osmani Mirgani, rédacteur en chef et Inam Adam, journaliste d’Al-Tayar ont été fréquemment interrogés dans le locaux du NISS, afin de leur faire révéler leurs sources - au sujet d’un article de décembre 2016 posant problème aux autorités sur des exportations illégales de matériaux radioactifs par le Soudan.


Rappelons que le président Omar el-Béchir est sur la liste des prédateurs de la liberté de la presse de RSF et que le Soudan occupe l’une des dernières places (174e sur 180) dans le Classement 2017 de la liberté de la presse établi par RSF.


Publié le 24.08.2017
Mise à jour le 24.08.2017