Les locaux d’un quotidien bangladais violemment attaqués par des militants du parti au pouvoir

En représailles à un article, une centaine d'activistes politiques ont pénétré dans les bureaux d’un journal pour menacer de brûler les lieux et d’abattre le rédacteur en chef. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une inacceptable opération d’intimidation et demande aux autorités compétentes de ne pas laisser ces actes impunis.

Les locaux ont été littéralement pris d’assaut, ce samedi 12 février : “Vers 12h15, on a vu débarquer une centaine d'individus à moto, qui ont envahi nos bureaux”,expliqué un journaliste du quotidien Dainik Somoyer Narayanganj, Arif Hossain Kanak à la presse. Les locaux du journal sont situés à Narayanganj, dans la banlieue sud de Dacca, la capitale du Bangladesh.


L’opération avait été savamment préparée : après avoir détruit les caméras de surveillance et saisi les vidéos qu’elles contenaient, les assaillants ont menacé de tuer le directeur du journal. Ils ont ensuite demandé que soient publiées des excuses publiques dans l’édition du lendemain, sans quoi ils reviendraient “mettre le feu aux bureaux et buter le rédacteur en chef”.


Cette expédition punitive a fait suite à la parution, le vendredi 11 février, d’un article qui reprend les éléments d’une enquête de police impliquant  un certain Ajmeri Osman, célèbre à Narayanganj pour être le neveu du député local issu du parti au pouvoir au Bangladesh, la Ligue Awami.


Les enregistrements pris aux smartphones par des employés du journal attestent que l’assaut a bien été mené par des militants du parti. Le directeur de la publication du Dainik Somoyer, Zabed Ahmed Juel, a confirmé auprès de RSF qu’“il est clair que ce sont des militants employés par Ajmeri [Osman] qui ont lancé cette attaque”.


Actes impunis


Selon les vérifications effectuées par RSF, près d’une semaine après les faits, l’enquête de la police a permis d’identifier huit suspects, qui ont été placés en garde à vue dimanche avant d’être finalement relâchés. Depuis, elle n’a donné lieu à aucune poursuite ni à aucune arrestation.


“Nous appelons le ministre bangladais de la justice, Anisul Huq, a tout mettre en œuvre pour s’assurer que les exécutants et les commanditaires de cette inacceptable opération d’intimidation et de menaces ne reste pas impunie, déclare le responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF, Daniel Bastard. Nous demandons également au secrétaire général de la Ligue Awami, Obaidul Quader, de condamner fermement les actes perpétrés par les militants de son parti qui, en tant que formation qui se dit engagée dans le jeu démocratique, ne peut tolérer de pareilles violations de la liberté de la presse.” 


Depuis le retour au pouvoir, en 2009, de la Première ministre Sheikh Hasina, présidente de la Ligue Awami, les violences perpétrées par des militants contre les journalistes qui osent critiquer des caciques du parti sont de plus en fréquentes en nombre, et violentes en intensité.


Même celles et ceux qui s’expriment depuis l’étranger sont victimes de représailles. Comme RSF l’avait révélé en octobre dernier, ils font également l’objet de pressions familiales, de harcèlement judiciaire, voire d’agressions physiques.


Le Bangladesh se situe à la 152e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2021 par RSF.

Publié le 17.02.2022
Mise à jour le 17.02.2022