Le journalisme ne doit pas faire les frais des choix du nouveau patron de Twitter, Elon Musk

Après des mois de provocations et d’hésitations surmédiatisées, Elon Musk a pris le contrôle de Twitter. Reporters sans frontières (RSF) appelle Elon Musk à la plus grande prudence dans sa restructuration de l’entreprise : le journalisme ne doit pas être une victime collatérale de ses choix de gestion.

Aussitôt arrivé à la tête de Twitter, Elon Musk s’est déjà séparé de cadres emblématiques du réseau social, dont son PDG, Parag Agrawal, et Vijaya Gadde, la Legal, Policy and Trust and Safety Lead, en charge notamment de la lutte contre la désinformation sur la plateforme. Selon des révélations du Washington Post, le milliardaire pourrait aussi charger sabre au clair sur la masse salariale de l’entreprise et aurait promis à ses investisseurs de se séparer de 75 % des effectifs.

La restructuration de l’entreprise à laquelle va nécessairement se livrer Elon Musk ne doit pas mettre le journalisme en danger, avertit le responsable du bureau technologies de RSF, Vincent Berthier. Sur Twitter, le travail  journalistique est déjà menacé par la désinformation, et les journalistes sont régulièrement harcelés. Il est indispensable que les équipes en charge de la modération, de l’établissement des règles d’utilisation de Twitter, ainsi que les ingénieurs travaillant sur la fiabilité de la plateforme puissent rester en poste.”

Alors que les réseaux de désinformation tirent profit de l’algorithme de Twitter et de sa mécanique communautaire, le licenciement des salariés chargés d'endiguer ce phénomène pourrait avoir des conséquences catastrophiques.

A l’heure actuelle, déjà, les politiques de la plateforme contre la désinformation sont trop faibles. Or si les postes supprimés concerneraient des équipes dont la mission est  d’assurer la viabilité de l’information sur Twitter, comme les modérateurs ou des “policies managers”, par exemple, la situation ne s’améliorera certainement pas. Elon Musk, qui a récemment tweeté son souhait que les médias locaux soient plus valorisés sur Twitter, devra donc bien réfléchir quant au choix des salariés dont il souhaite se séparer.

Le harcèlement des journalistes en ligne, et plus particulièrement sur Twitter, est l’autre menace qui plane sur l’information journalistique. La plateforme est en effet le lieu de nombreuses campagnes de harcèlement et de diffamation contre les journalistes. Et en raison de la viralité inhérente au fonctionnement de ce réseau social, ces attaques sont très difficiles à contenir. Il est impératif de ne pas affaiblir les équipes chargées de la lutte contre ce fléau.

Le 23 août dernier, le Washington Post publiait des documents provenant de l’ancien chef de la sécurité de Twitter, Peiter Zatko. Parmi ceux-ci, un audit sur la sécurité interne de Twitter et la lutte de la plateforme contre la désinformation dépeignait une situation inquiétante : ces équipes seraient mal coordonnées entre elles et peu efficaces dans certaines régions du monde dont elles ne maîtriseraient ni les langues ni le contexte politique et culturel. Bien que ces affirmations aient été démenties par Twitter, elles ont néanmoins jeté le doute sur les capacités de l’entreprise à mener à bien ses ambitions mondiales. 

De grands chantiers attendent Twitter. La plateforme est devenue un outil de travail crucial pour de nombreux journalistes et médias à travers le monde, et elle doit se montrer à la hauteur de cette confiance. Toutes les mesures pour réformer efficacement cette plateforme sont les bienvenues. Elon Musk a affirmé qu’il avait acheté Twitter pour “essayer d’aider l’humanité”. RSF est convaincue que soutenir le journalisme et les journalistes serait un excellent moyen de contribuer à ce noble but.

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Mise à jour le 28.10.2022