L’Iran restreint drastiquement l’accès à Instagram et à WhatsApp, dernières plateformes accessibles dans le pays

Le gouvernement a restreint l’accès à Instagram et à WhatsApp. Ces deux plateformes permettaient jusqu’à présent de documenter les manifestations en réaction au décès de la jeune Mahsa Amini, le 16 septembre, après son arrestation par la police des mœurs. Des manifestations qui ont fait plus de 31 morts selon l'ONG Iran Human Rights (IHR) basée à Oslo. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une attaque sans précédent contre le droit à l'information en Iran.

En s’attaquant à WhatsApp et à Instagram, les autorités iraniennes franchissent une nouvelle étape dans leur maîtrise totale du réseau national, observe Vincent Berthier, responsable du bureau technologies de RSF. Les coupures d’Internet se multiplient dans tout le pays. Jusque-là épargnées par la censure, Instagram et WhatsApp sont désormais restreintes. Le gouvernement envoie un message clair : aucune image des contestations ne doit être diffusée sur le réseau national. Nous exigeons la levée immédiate de toutes les restrictions qui nient le droit des Iraniens à s’informer.

L’observatoire NetBlocks a annoncé le 21 septembre que l’accès à Instagram était restreint en Iran. D’après le média IranWire, certains utilisateurs ne peuvent désormais plus accéder au réseau social le plus populaire du pays. En 2021, Instagram représentait 81,92 % du trafic sur les réseaux sociaux du pays. L’accès à la messagerie en ligne WhatsApp, qui était encore accessible ces derniers jours, a également été restreint quelques heures après celui d’Instagram, toujours selon NetBlocks.

Depuis le 17 septembre, les Iraniens partageaient sur ces plateformes images et vidéos des manifestations qui secouent le pays, suite à la mort de la jeune Mahsa Amini, Iranienne kurde décédée après son arrestation par la police des mœurs pour “tenue indécente”. Des manifestations réprimées qui, en six jours, ont fait au moins 31 morts selon l'ONG Iran Human Rights (IHR) basée à Oslo, alors que les autorités avaient fait état, un peu plus tôt, de 17 morts.

Blocage total d’Internet au Kurdistan iranien, région natale de Mahsa Amini 

La République islamique d'Iran a également organisé de nombreuses coupures du réseau Internet depuis le début des manifestations. Le Kurdistan iranien, région natale de Mahsa Amini et foyer initial des manifestations, a fait l’objet d’un blocage total. D’autres restrictions partielles ont été observées à Téhéran et dans d’autres grandes métropoles du pays. 

Concernant la censure d'Internet, la communication des autorités iraniennes demeure particulièrement confuse. Le ministre des Technologies de l'Information et des Communications, Issa Zarepour, a déclaré ce mercredi 21 septembre que des restrictions du réseau pourraient être décidées pour des raisons de sécurité, avant de revenir sur ses propos. Prétextant que sa précédente déclaration avait été mal comprise, le ministre a reconnu des restrictions temporaires mais a affirmé qu’elles avaient été résolues et que le réseau de communication ne présentait dorénavant plus aucun problème. Il n’a cependant rien précisé concernant de futurs blocages ou des restrictions du réseau.

Ces restrictions sont malheureusement monnaie courante en Iran. Les autorités disposent d’un contrôle presque total sur le réseau. Depuis 2011, l’État a investi dans le projet d’un “Internet national iranien” afin de contraindre sa population à se connecter à Internet en passant par un réseau contrôlé par les pouvoirs publics avant de pouvoir accéder aux données hébergées en dehors du pays. Ces investissements ont conduit à une très forte croissance du nombre d’Iraniens connectés à cet Internet verrouillé. 23 % étaient connectés au réseau en 2012 contre 84 % en 2022.

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Publié le 22.09.2022
Mise à jour le 22.09.2022