Guinée-Bissau : la radio Capital FM de nouveau dans le viseur des autorités

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Les autorités bissau-guinéennes ont ordonné à Capital FM, une radio proche de l’opposition, d’arrêter ses programmes sous peine de poursuites judiciaires. Reporters sans frontières (RSF) demande l’annulation de la décision et dénonce une tentative de censure d’un média victime de pressions et d’intimidations régulières.

C’est un nouvel épisode de bâillonnement d’un média critique. Les autorités bissau-guinéennes ont ordonné, le 11 janvier, l’arrêt des programmes de Capital FM, l’une des radios les plus écoutées du pays, réputée proche de l’opposition, le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC). Elles l’accusent de ne pas avoir renouvelé la taxe annuelle exigée aux médias privés et communautaires.  

En décembre 2022, une décision des ministères des Finances et de la Communication sociale ordonnait aux radios privées de s'acquitter d’une somme de dix millions de francs CFA (environ 15 000 euros) pour obtenir un permis d’émettre. Alors que Capital FM qui avait cessé d’émettre après des attaques armées par des hommes cagoulés dans ses locaux et au domicile du journaliste Rui Landim en février 2022 avait repris ses émissions en ligne depuis deux semaines, les autorités lui ordonnent de suspendre “immédiatement ses émissions sous peine de poursuites judiciaires”. Elles lui reprochent, dans l’arrêté rendu public le 11 janvier, l'absence “d'autorisation préalable”, et d’avoir dépassé le délai pour payer la taxe de renouvellement de son permis d’émettre.

Il semblerait que les autorités soient enfin arrivées à leur but : faire taire un média qui gêne : Capital FM. La proximité avec l'opposition ne doit pas justifier l’arrêt des programmes de Capital FM. Usant de la loi et d’une taxe exorbitante, elles infligent une mesure disproportionnée à un média critique qui fournit un service d'information utile à la population. Nous demandons aux autorités bissau-guinéennes de cesser ses attaques contre cette radio, et de protéger le pluralisme et la diversité des médias. Les journalistes doivent pouvoir exercer leur métier sereinement et en toute sécurité.

Sadibou Marong
Directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF

Contacté par RSF, le directeur de Capital FM Sabino Santos perçoit la mesure comme “un acharnement” contre la radio qu’il dirige. Il ajoute qu’aucune radio, privée ou publique, ne s’est acquittée de la taxe de permis d'émission. “C'est pour cela que la direction de Capital FM s'interroge sur cette sorte de deux poids, deux mesures,” se désole-t-il.

En avril 2022, les autorités avaient menacé les responsables de radios privées de sanctions pénales s’ils ne s’acquittaient pas du paiement de leur licence, amenant à la suspension de 79 radios privées. Elles ont plus tard levé la mesure d’interdiction, sans que cela ne concerne pour autant Capital FM.  

Le coût élevé entre 4 500 et 15 000 euros des licences des radios privées et communautaires est une arme que les autorités utilisent pour surtout censurer les médias critiques. Dans un pays où le salaire des journalistes reste dérisoire par rapport à la moyenne en Afrique de l’Ouest, et où des difficultés économiques touchant le secteur n’épargnent même pas les médias gouvernementaux, il est abusif de réclamer des sommes colossales à des radios privées qui peinent souvent à avoir un équipement complet. 

Les attaques contre les radios proches de l’opposition sont récurrentes en Guinée-Bissau. En 2019, la radio Africa FM avait été attaquée et fermée alors que l’actuel président Umaru Sissoco Emballo, dont elle est proche, était dans l’opposition. 

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