Coup d'état militaire au Soudan : pour RSF, la liberté de la presse est en état de siège

Journalistes arrêtés, médias publics sous contrôle, internet coupé… Reporters sans frontières (RSF) dénonce la mise sous cloche du Soudan par les militaires et les graves conséquences sur la liberté d’informer et l’accès à l’information.

“Des forces militaires prennent d’assaut les sièges de la radio et de la télévision d’Etat à Omdurman (ville proche de la capitale où sont situés les locaux de l’audiovisuel d’Etat) et détiennent un certain nombre d’employés” a annoncé le ministère de l’Information et de la Culture soudanais, dimanche 24 octobre vers minuit, avant de couper le signal de la télévision. Dans la foulée, le réseau Internet était brutalement coupé, le Premier ministre et d’autres membres civils du gouvernement de transition étaient arrêtés par l’armée. Ce 25 octobre, le coup d’Etat commençait.


Depuis,  l’armée ne cesse d’imposer son contrôle drastique sur l’information qui traite de la prise du pouvoir par les militaires dirigés par le général Abdel Fattah Al-Burhan et des manifestations violemment réprimées par l’armée. Internet reste inaccessible comme l’a rapporté l’organisation spécialisée Netblocks et plusieurs journalistes ont été arrêtés.  Le 25 octobre, la correspondante de Bloomberg et Al-Sharq Maha Al-Talb est resté plusieurs heures en garde en vue et le célèbre éditorialiste Fayez Al-Seleik du journal El Democrati a été arrêté juste après avoir donné une interview dans les locaux de la chaîne Al-Jazeera dans laquelle il critiquait le coup d’Etat.


Le journal El Democrati, qui avait adopté une ligne plutôt favorable à la transition, est particulièrement dans le collimateur de l’armée. Jeudi 28 octobre, des forces de sécurité ont mené un raid dans ses locaux et se sont rendus au domicile de son directeur El-Haj Warrag pour procéder à son arrestation.


Les médias publics sont complètement passés sous le contrôle des militaires et diffusent désormais des messages de propagande à la gloire des militaires ou contre les opposants au coup d’Etat. Maher Abugoukh le directeur des programmes politiques et de l’information de la télévision d’Etat, a été arrêté à son domicile à Khartoum par des soldats, mardi 26 octobre. Au début du mois d’octobre, il avait émis des réserves à propos des autorités militaires dans plusieurs programmes radiotélévisés où il était invité. Le directeur de l’agence de presse soudanaise et celui du conseil de la presse ont été congédiés.


“Propagande, coupure internet, répression contre les journalistes… Ce coup d'État militaire met en péril les acquis fragiles de la révolution qui avait chassé du pouvoir l’autocrate Omar el Béchir il y a deux ans, déclare Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Nous dénonçons avec la plus grande fermeté le retour de ces méthodes prédatrices et apportons notre soutien aux journalistes et médias qui tentent courageusement de couvrir ces événements malgré un contexte très hostile et une liberté de la presse en état de siège.”




Dans un communiqué publié hier, le réseau des journalistes soudanais (SJN) a dénoncé un “embargo sur l’information” qui laisse le Soudan dans un “état d’isolement” et le ramène en arrière à l’ère de de la surveillance, de la censure et de la répression. 


Le Soudan est classé 159e sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2021.

Publié le 05.11.2021
Mise à jour le 05.11.2021