Cinq ans de prison avec sursis pour trois blogueurs bélarusses

Trois blogueurs bélarusses ont été condamnés à cinq ans de prison avec sursis pour “incitation à la haine”, le 2 février 2018. Reporters sans frontières (RSF) dénonce un verdict incompatible avec les standards internationaux en matière de liberté d’expression.

Dzmitry Alimkine, Syarheï Chyptsenka et Youri Paoulavets sortent de prison ce 2 février après 14 mois de détention provisoire, mais c’est une liberté surveillée qu’ils retrouvent : pendant trois ans, ils devront pointer régulièrement au commissariat et ne pourront quitter leur ville sans autorisation, sous peine de se retrouver derrière les barreaux pour cinq ans.


“Cette sentence conviendrait à de dangereux criminels pour éviter qu’ils ne récidivent, pas à des blogueurs jugés pour des publications polémiques, souligne Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF. Au regard des standards internationaux en matière de liberté d’expression, rien ne justifie un verdict aussi disproportionné. Nous demandons à la justice de le casser en appel.”




29.12.2016 - RSF demande la remise en liberté de trois blogueurs bélarusses


Reporters sans frontières (RSF) appelle à la remise en liberté immédiate de trois blogueurs arrêtés entre le 6 et le 9 décembre 2016. Syarheï Chyptsenka, Dzmitry Alimkine et Youri Paoulavets sont en détention provisoire pour leurs publications dénonçant les prétendues tendances « russophobes » du gouvernement bélarusse.


Dzmitry Alimkine, surveillant dans une école de Brest, et Youri Paoulavets, professeur d’université à Minsk, ont été arrêtés le 6 décembre. Syarheï Chyptsenka, rédacteur en chef de la revue Novaïa Ekonomika et correspondant de l’agence de presse Regnum, a été appréhendé trois jours plus tard. Tous ont été inculpés pour « incitation à la haine raciale » sur la base de billets publiés sur les sites d’information russes Regnum, Lenta.ru et EADaily, ils risquent jusqu’à douze ans de prison.


Dans ses publications, Youri Paoulavets accuse Minsk de nourrir un sentiment antirusse pour détourner l’attention des citoyens de leurs difficultés économiques. Syarheï Chyptsenka regrette de son côté que le gouvernement ne lutte pas contre le nationalisme bélarusse et l’affirmation d’une identité nationale propre. Dzmitry Alimkine remet pour sa part en cause l’existence d’une nation bélarusse et appelle à l’unification du pays avec la Russie. Les deux derniers multiplient les parallèles avec la situation en Ukraine, assurant que l’hostilité supposée de Minsk vis-à-vis de Moscou précipite le pays vers le chaos.


« Si les publications de ces trois blogueurs prêtent à controverse, elles ne sauraient justifier leur emprisonnement, déclare Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF. Au regard des standards internationaux, leur placement en détention provisoire n’est ni nécessaire, ni proportionné. Nous demandons aux autorités bélarusses de les remettre en liberté et de les faire bénéficier d’un procès équitable, qui passe par une expertise indépendante des textes incriminés. »


Selon l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par le Bélarus, la liberté d’expression ne doit être limitée que lorsque ces restrictions sont strictement légales, légitimes et nécessaires. Les Principes de Johannesbourg précisent ces critères dans le domaine de la sécurité nationale : pour restreindre la liberté d’expression, les autorités doivent être en mesure d’établir un lien direct entre les propos incriminés et de potentielles actions violentes.


Suite à la guerre en Ukraine et l’annexion de la Crimée, Minsk s'inquiète de plus en plus de l’influence des grands médias russes sur l’opinion nationale. Les autorités ont néanmoins tenu à souligner qu’elles ne faisaient pas de distinction entre prorusses et antirusses. Le jeune blogueur Edouard Paltchys a été condamné à un an et neuf mois de liberté surveillée, le 28 octobre, pour ses articles critiquant la politique étrangère russe.


Le Bélarus occupe la 157ème place sur 180 pays dans le Classement mondial 2016 de la liberté de la presse, établi par RSF

Publié le 02.02.2018
Mise à jour le 05.02.2018