Au Brésil, les interventions télévisées des candidats à la présidentielle provoquent une avalanche d’attaques contre la presse

Exclusif. La campagne pour les élections brésiliennes des 2 et 30 octobre vient de débuter. Chaque semaine, Reporters sans frontières RSF passe au crible plus d’une centaine de comptes Twitter et Facebook de journalistes, d’autorités publiques et de candidats aux élections pour mieux comprendre l’origine et l’organisation de la dissémination de la haine en ligne contre la presse. Lors de la deuxième semaine de la campagne, les débats télévisés ont engendré des attaques massives contre les médias nationaux et particulièrement contre la journaliste Vera Magalhães.

Lors de la deuxième semaine de campagne électorale au Brésil, entre le 22 et le 28 août, Reporters sans frontières (RSF) et le Laboratoire d’études sur l’image et la cyberculture (Labic) ont enregistré sur Twitter près de 2 800 000 attaques contre la presse brésilienne. Ils ont compté 140 hashtags offensifs ciblant des journalistes ou des médias, mentionnés dans 937 870 tweets.

Les interactions (mentions, retweets, partages) avec les profils des 120 journalistes analysés ont redoublé d’activité, passant de 600 000 tweets lors de la première semaine de la campagne à 1,5 million lors de la deuxième. Une explosion s’accompagnant d’innombrables attaques en ligne. Les présentateurs vedettes du “Jornal Nacional” (le journal d’information du soir le plus suivi du Brésil, sur TV Globo), Renata Vasconcellos et William Bonner en ont particulièrement fait les frais. Cela après avoir interviewé six des douze candidats à l’élection présidentielle entre le 22 et 26 août. Parmi les hashtags d’insultes les plus répandus: : #BonnerDitador (#BonnerDictateur), #BonnerLixo (#BonnerPoubelle) ou encore #RenataMentirosa (#RenataMenteuse). Le hashtag #GloboLixo (#GloboPoubelle) qui vise la plus puissante chaîne d’information du pays, TV Globo, a lui été partagé près de 380 000 fois en une semaine. 

La cible de la semaine 

L’épisode le plus marquant de la semaine reste cependant la déferlante d’attaques dirigées contre la journaliste Vera Magalhães, lors du débat présidentiel sur la chaîne TV Bandeirantes, le 28 août. Interrogé par la journaliste sur sa gestion de la pandémie et la désinformation, Jair Bolsonaro a répondu : “Je pense que vous dormez en pensant à moi. Vous ne pouvez pas prendre parti dans un débat comme celui-ci, en faisant de fausses accusations à mon endroit. Vous êtes une honte pour le journalisme brésilien.”

Cette réaction du candidat-président a immédiatement déclenché une avalanche d’attaques sur Twitter contre Vera Magalhães, présentatrice vedette de la chaîne de télévision TV Cultura. Le hashtag #VeraVergonhadoJornalismo (#VeraHonteduJournalisme) a été partagé plus de 10 000 fois en l’espace de quelques heures, tout comme l’expression “Verba Magalhães” qui fait référence à de fausses informations sur son salaire.

 

 

Parmi les autres journalistes brésiliens visés par cette campagne massive de harcèlement en ligne entre le 22 et le 28 août : Miriam Leitão (O Globo / Globonews), Milton Neves (Rádio Bandeirantes), Vera Magalhães (CBN / O Globo), Andreia Sadi (Globonews), Eliane Cantanhêde (Globonews / Estadão), Ricardo Noblat (Metrópoles), Reinaldo Azevedo (Folha de SP), Bernardo Mello Franco (O Globo) ou encore Marina Dias (O Globo)

Les cinq comptes Twitter les plus virulents identifiés par RSF et le Labic (@marinaaddarosa @francorosito1, @cesarmo70820605, @mia41278514, @romerossouza) déclarent tous leur soutien au président-candidat Jair Bolsonaro, par le biais de leurs photos de profils, de leurs retweets et de leurs biographies. 

Voir l’analyse détaillée en portugais ici 

 

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