Gabon

Après des années d’érosion très marquée de la liberté de la presse, quelques signaux encourageants ont été envoyés en 2020, comme l’octroi d’une aide à la presse répartie de manière plus équitable et un dialogue plus ouvert entre autorités et professionnels du secteur. Mais de nombreux chantiers restent à entreprendre. Des journalistes continuent à faire l’objet d'intimidations, notamment à travers des convocations par des services de sécurité relevant du renseignement ou de l’armée. Le code de la communication de 2016, s’il a permis une avancée majeure en mettant fin aux peines privatives de liberté pour des délits de presse, prévoit des mesures d’encadrement autoritaires concernant non seulement la presse, mais aussi toute la production audiovisuelle, écrite, numérique et cinématographique. Depuis sa mise en place, en 2018, la Haute Autorité de la communication (HAC) a multiplié les sanctions arbitraires. Les médias et les journalistes publiant des articles critiquant le président, son entourage ou des proches du pouvoir ont subi des suspensions à répétition qui n'ont d'autre but que de protéger les intérêts du régime. L'organe de régulation est allé jusqu'à suspendre un journal qui dénonçait justement le caractère arbitraire de ces sanctions systématiques. Loin de favoriser l'émergence d'une presse responsable et de qualité, cette politique contribue à asphyxier la presse indépendante et à renforcer l'autocensure concernant les sujets sensibles. La multiplication de ces sanctions par la HAC, désormais surnommée « la hache » par une partie de la presse gabonaise, s'inscrit dans un contexte économique précaire pour les médias. Les subventions et les annonceurs fuient les titres, les stations et les chaînes critiques. La culture d'une presse libre et indépendante peine à s'établir, y compris en ligne, où le Gabon a rejoint la longue liste des pays cybercenseurs en coupant internet en marge d'une tentative de coup d'État, en 2019.