Algérie : 16 patrons de rédactions de 14 pays, dont Dmitri Mouratov, prix Nobel de la paix, appellent à la libération de leur confrère Ihsane El Kadi

Réunis par Reporters sans frontières (RSF), le rédacteur en chef de Novaïa Gazeta prix Nobel de la paix, Dmitri Mouratov, et 15 autres directeurs de médias et responsables de rédactions se mobilisent pour la libération d’Ihsane El Kadi et la fin des entraves contre les médias qu’il dirige, Radio M et Maghreb Émergent.

“Liberté pour Ihsane El Kadi, liberté pour Radio M et Maghreb Emergent, liberté pour les journalistes algériens.” Tel est le message lancé ce 10 janvier dans la presse internationale par 16 dirigeants de médias et de rédactions, qui dénoncent une “attaque intolérable contre la liberté de la presse en Algérie” : la détention abusive du directeur de Radio M et de Maghreb Émergent, Ihsane El Kadi, sur des fondements manifestement aberrants. Un appel coordonné par RSF, à quelques jours de l’examen du recours intenté contre l’ordonnance de son placement en détention, le 18 janvier.

La liste des signataires comprend le rédacteur en chef du journal Novaïa Gazeta et lauréat 2021 du prix Nobel de la paix, Dmitri Mouratov (Russie), le directeur exécutif du webzine Inkyfada Malek Khadhraoui (Tunisie), le directeur du quotidien Le Monde Jérôme Fenoglio (France), le rédacteur en chef adjoint du quotidien Gazeta Wyborcza Jaroslaw Kurski (Pologne), la directrice du quotidien Financial Times Roula Khalaf (Royaume-Uni), la PDG du Tinius Trust propriétaire majoritaire du groupe de médias Schibsted Kjersti Loken Stavrum (Norvège) et d’autres grandes figures de la presse originaires de huit autres pays du monde. Tous appellent les autorités à libérer leur confrère algérien, à abandonner les charges qui pèsent contre lui, ainsi qu’à rendre à ses médias Radio M et à Maghreb Émergent leurs outils de travail, afin que les plumes et les voix puissent reprendre leur activité. 

“L’ampleur de l’indignation internationale est à la hauteur de l’atteinte gravissime à la liberté de la presse que constitue l’incarcération d’Ihsane El Kadi. La vague de répression dont il est la dernière victime en date démontre une volonté des autorités de faire taire les médias indépendants du pays. Les autorités algériennes doivent entendre cet appel lancé par les dirigeants de grands médias du monde.

Christophe Deloire
Secrétaire général de RSF

Victime d’un véritable harcèlement judiciaire, Ihsane El Kadi est accusé d’avoir "utilisé des fonds reçus de l'intérieur et de l'extérieur du pays pour accomplir des actes susceptibles de porter atteinte à la sécurité de l'État, à l'unité nationale, à l'intégrité territoriale, aux intérêts de l'Algérie et à l'ordre public" et a été placé en garde à vue le 24 décembre 2022, avant d’être placé en détention provisoire par le juge d’instruction du tribunal de Sidi M’Hamed et incarcéré à la prison d’El Harrach à Alger, le 29 décembre. Le 25 décembre, les médias qu’il dirige, Radio M et Maghreb Émergent, ont été perquisitionnés et mis sous scellés.

 

L’appel : 

Liberté pour Ihsane El Kadi 

Nous, dirigeants de médias et de rédactions de différents pays du monde, considérons que l'incarcération d’Ihsane El Kadi, directeur de Radio M et de Maghreb Émergent, sur des fondements manifestement aberrants, constitue une attaque intolérable contre la liberté de la presse en Algérie. Elle porte gravement atteinte au droit à l’information qui est un droit de tous les citoyens, condition de la liberté d’opinion et d’expression et de la démocratie. 

L'arrestation dans la nuit du 24 décembre d’Ihsane El Kadi, présenté mains menottées – tout un symbole de criminalisation de la presse –, et la mise sous scellés des médias Radio M et Maghreb Émergent par les autorités algériennes sont inadmissibles. Comment peut-on empêcher des équipes entières d’exercer leur fonction sociale tellement utile aux sociétés ?

L’Algérie figurait déjà au 134e rang sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2022 de RSF. Nous appelons l’Algérie à montrer son attachement au droit et aux valeurs démocratiques et à ne pas basculer vers la répression systématique. Nous appelons tous les professionnels des médias dans le monde à se joindre à nous pour enrayer et faire reculer cette vague de répression qui s’abat sur la presse en Algérie.

Aux côtés de Reporters sans frontières (RSF), nous appelons les autorités algériennes à faire libérer sans attendre Ihsane El Kadi, à abandonner toutes les charges qui pèsent contre lui, ainsi qu’à rendre à Radio M et à Maghreb Émergent leurs outils de travail afin que les plumes et les voix puissent reprendre leur activité. Liberté pour Ihsane El Kadi, liberté pour Radio M et Maghreb Emergent, liberté pour les journalistes algériens.
 

SIGNATAIRES :

Ukraine : Anna Babinets directrice de Slidstvo.Info

Italie : Davide Varì  directeur de Il Dubbio

Royaume-Uni : Roula Khalaf directrice de la rédaction du Financial Times 

Bénin : Fiacre Vidjingninou directeur de Nord Sud Quotidien

Tunisie : Malek Khadhraoui directeur exécutif de Inkyfada

Norvège : Kjersti Løken Stavrum PDG du Tinius Trust 

France : Jérôme Chapuis directeur de la rédaction de La Croix 

France : Jérôme Fenoglio directeur du Monde

Espagne : Carlos Sanchez directeur adjoint de El confidencial

Espagne : Virginia P. Alonso directrice de Publico 

Slovaquie : Peter Bardy rédacteur en chef de Aktuality

Russie : Dmitri Mouratov rédacteur en chef de Novaïa Gazeta

Sénégal : Amadou Tidiane Sy directeur de Ouestaf

Finlande : Antero Mukka rédacteur en chef par intérim de Helsingin Sanomat

Pologne : Jaroslaw Kurski rédacteur en chef adjoint de Gazeta Wyborcza

Gabon : Yves-Laurent Goma, directeur de Gabon Actu

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