Ahmed Abba : deux ans déjà derrière les barreaux... pour rien

Il y a deux ans, le correspondant en langue haussa de Radio France Internationale (RFI), Ahmed Abba, était arrêté au Cameroun pour sa couverture de Boko Haram. RSF renouvelle son soutien au journaliste, détenu au secret pendant des mois, et condamné sans fondement à 10 ans de prison ferme. L’organisation demande sa libération.

Ce dimanche, cela fera deux ans que le correspondant de RFI au Cameroun, Ahmed Abba, est détenu, accusé d’avoir collaboré avec le groupe djihadiste Boko Haram, alors qu’il n’a fait que son travail d’information.


Sa longue détention a commencé le 30 juillet 2015, lorsque des forces de l’ordre l’ont arrêté dans la ville de Maroua où il travaillait, dans l'extrême-nord du Cameroun. Le 24 avril dernier, le tribunal militaire de Yaoundé a condamné le journaliste à 10 ans de prison ferme et une amende d’environ 85 000 euros, pour “blanchiment du produit d’un acte terroriste”. Un verdict incompréhensible, dont son avocat, Maître Tchoungang, a décidé de faire appel.


Depuis le début de cette affaire, son avocat, RFI, Reporters sans frontières (RSF) n’ont eu de cesse de clamer son innocence, et de dénoncer des failles de procédures indignes d’une justice indépendante et équitable.


“Ahmed Abba n’a rien à faire derrière les barreaux, son dossier est vide, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Nous demandons l’abandon des charges qui pèsent contre lui, fondées sur des accusations qui n’ont jamais été étayées par des preuves tangibles ou des experts indépendants. Ce harcèlement judiciaire reflète la crispation des autorités camerounaises vis-à-vis de la presse, sacrifiée sur l’autel de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme”.



Une parodie de justice


Le procès d’Ahmed Abba a été ajourné de nombreuses fois pendant plus d’un an, pour des raisons aussi diverses que aberrantes : impossibilité de produire des témoins à charge, rejet de la compétence des experts, absence du juge principal, ou encore des délais non respectés. Au cours des 18 comparutions de son procès, toutes les demandes de libération sous caution de ses avocats ont été systématiquement ignorées, et sa détention s’est poursuivie. A aucun moment, l’accusation n’a été en mesure de produire des preuves tangibles de sa culpabilité. Et il a fallu attendre la 15e audience, en février 2017, pour que l’accusé puisse enfin s’exprimer sur le fond au tribunal et pour la première fois exprimer sa version des faits.


RSF n’a cessé d’appeler à l’abandon des charges qui ont pesé contre Ahmed Abba. RFI a déjà apporté de nombreuses preuves irréfutables prouvant l’innocence d’Ahmed Abba. Mais si l’accusation d’”apologie du terrorisme” a été écartée pendant le procès, d’autres tiennent encore, malgré un dossier vide de tout élément de preuve contre lui.



Un journaliste victime de la surenchère sécuritaire


Arrêté en lien avec sa couverture de Boko Haram, groupe terroriste contre lequel luttent les forces de sécurité camerounaises depuis au moins cinq ans, Ahmed Abba a longtemps risqué la peine de mort - jugé par un tribunal militaire en fonction de la très controversée loi antiterroriste de juin 2014. Pendant les trois longs mois de détention au secret qui ont suivi son arrestation, le correspondant de RFI a subi de mauvais traitements s’apparentant à la torture, sans jamais pouvoir recevoir d’assistance médicale. Sans non plus que son avocat puisse le rencontrer ou avoir accès à son dossier, ou que sa famille puisse lui rendre visite.


Le Cameroun occupe la 136ème place sur 180 pays au Classement mondial 2017 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.




Publié le 28.07.2017
Mise à jour le 28.07.2017