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25 mars 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Xi Jinping : un prédateur de la liberté de l’information en visite en France


Alors que le président chinois Xi Jinping entame aujourd’hui une visite officielle de trois jours en France, Reporters sans frontières dénonce l’accroissement de la répression à l’encontre des professionnels de l’information en Chine et les traitements inhumains perpétrés par les autorités contre les cyberdissidents et activistes qui tentent de révéler au monde les violations quotidiennes des droits de l’homme et les exactions subies par leurs défenseurs.

La visite de Xi Jinping en France est la première depuis son accession au pouvoir en 2012 et à la plus haute fonction de l’Etat, en mars 2013. Un an après son investiture, la Chine a considérablement renforcé son contrôle de l’information, multipliant les directives de censure envoyées quotidiennement aux médias, et les arrestations de journalistes et cyberdissidents. Le pays figure désormais au 175e rang sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse publié en février 2014 par l’organisation et continue plus que jamais de justifier son appartenance à la liste des “ennemis d’Internet” , dévoilée en mars 2014.

Au moins 74 net-citoyens, y compris le prix nobel de la paix Liu Xiaobo, et 30 journalistes sont à ce jour emprisonnés, faisant de la Chine la plus grande prison au monde pour les acteurs de l’information.

Le contrôle des médias, qui se traduit quotidiennement par l’envoi de dizaines de directives par le département de la propagande à l’ensemble de la presse a de nouveau été renforcé par les autorités. La profession est accusée par les autorités de souffrir d'une "corruption endémique", Pour ses multiples révélations de corruption au sein du Parti Communiste chinois, la presse a été régulièrement accusée de colporter des rumeurs. En septembre 2013, une jurisprudence anti-rumeurs a été conjointement publiée par la Cour suprême du peuple et le Parquet suprême du peuple. Le texte dispose que tout “écrit diffamatoire” publié en ligne et vu plus de 5000 fois ou “transféré” plus de 500 fois par les internautes peut valoir à son auteur une peine de trois ans d’emprisonnement. Quelques semaines après, en octobre 2013, après 37 jours de détention provisoire, le journaliste du quotidien Modern Express (Xin Kuai Bao新快报) Liu Hu, a été officiellement inculpé pour “diffamation”. Dans un message posté sur son compte Weibo, le journaliste avait exhorté les autorités à enquêter sur un officiel soupçonné de corruption.

Associée à un renforcement de la censure et de la surveillance du Net ainsi qu’à une récente vague d’arrestations de cyberdissidents, tels Guo Feixiong ou Xu Zhiyong, interpellés pour “troubles à l’ordre publique”, cette campagne méthodiquement organisée contre les médias laisse craindre un accroissement sans précédent de l’autocensure dans le pays.

“Le bilan de cette première année de présidence pour Xi Jinping est accablant. Nous assistons aujourd’hui à l’une des plus dramatiques vagues répressives qu’aient connu les acteurs de l’information depuis les jeux olympiques de 2008. L’ouverture n’est clairement plus à l’ordre du jour pour les autorités et a cédé la place à la volonté de Pékin d’instaurer un ‘nouvel ordre des médias’, déclare Benjamin Ismail, responsable du bureau Asie-Pacifique de Reporters sans frontières.

“Les dirigeants de l’Union européenne, des Etats membres et de la France en particulier, doivent mettre la question des droits de l’homme et de la liberté de l’information à l’ordre du jour de leurs échanges avec leur homologue chinois. Toute démission dans la promotion des libertés fondamentales pourrait entraîner un grave durcissement de la politique de Pékin à l’égard des acteurs de l’information”, s’inquiète Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières

Reporters sans frontières appelle le président Xi Jinping à prendre les engagements suivant :

- mettre un terme à la censure de l’information, en ligne et hors ligne

- procéder à la libération immédiate des acteurs de l’information emprisonnés,

- cesser les pressions, le harcèlement, la mise sous surveillance et les arrestations de journalistes, blogueurs et dissidents et de leurs proches,

- abroger les lois et régulations qui justifient la censure des médias et de l’Internet et les arrestations d’acteurs de l’information,

- respecter la liberté de la presse, inscrite dans la Constitution du pays.