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9 juin 2020

Violences policières : le temps est venu de prendre des mesures fortes pour protéger les journalistes

ISA HARSIN / AFP / POOL
Alors que le président de la République a demandé au gouvernement de publier des “propositions claires pour améliorer la déontologie” des forces de l'ordre sur le terrain, Reporters sans frontières (RSF) invite le ministre de l’Intérieur à prendre enfin des mesures fortes pour protéger les journalistes victimes de violences policières.

Ces dernières années ont été émaillées d’épisodes graves de violences policières contre des journalistes au sujet desquels RSF a interpellé les pouvoirs publics et saisi la justice. Après plusieurs annonces -non suivies d’effets- du président de la République et du ministre de l’Intérieur, le temps est venu pour le gouvernement de prendre des mesures fortes pour renverser cette tendance.


La demande faite par le président de la République au Premier ministre le 7 juin 2020 “d’accélérer” dans ses propositions pour "améliorer la déontologie" des forces de l’ordre est bienvenue et doit aujourd’hui entraîner une profonde révision des méthodes et tactiques policières. Dans ce contexte, RSF réitère ses 10 propositions remises en juin 2019 au ministre de l’Intérieur Christophe Castaner et demande que soient revues en profondeur la formation des agents et les techniques du maintien de l’ordre, et que des mécanismes permettant d’améliorer les relations entre forces de l’ordre et journalistes sur le terrain soient mis en place. 


“Après quatre années passées à comptabiliser et dénoncer les violences policières contre les journalistes, à interpeller les autorités, à saisir la justice et à formuler des propositions, RSF attend maintenant du gouvernement des mesures concrètes et courageuses pour que cessent ces atteintes à la liberté de la presse et au droit à l’information en France,” déclare le secrétaire général de RSF Christophe Deloire.


Les violences policières à l’encontre de journalistes se sont en effet multipliées ces dernières années, dans le cadre des manifestations des gilets-jaunes en 2019, mais aussi lors du mouvement “nuit debout” ou contre la loi-travail entre 2016 et 2018. Les journalistes présents dans les manifestations sont régulièrement victimes d’insultes, de coups, de tirs délibérés de flashballs ou de grenades de défense, alors qu’ils ne font qu’exercer leur mission d’informer en rapportant des informations sur le déroulement des manifestations, sur les revendications qui y sont exprimées et en les diffusant au public. 


Face à la hausse des actes de violence commis à l’encontre des reporters, RSF avait saisi le défenseur des droits dès 2016 des cas de 10 journalistes victimes de violences de la part des forces de l’ordre dans les manifestations du mouvement “nuit debout” et contre la loi-travail en 2016 et 2017. L'organisation avait par la suite interpellé le président de la République, qui s'était engagé auprès du secrétaire général de RSF en mai 2019, à ce que des "actions soient prises" face aux violences policières commises contre les journalistes lors des manifestations. 


RSF a également rencontré le ministre de l’intérieur Christophe Castaner le 18 juin 2019 afin de lui présenter 10 propositions que le ministre a promis d’étudier et une délégation de RSF a participé le 7 novembre  2019 à la réflexion menée au sein du ministère pour l'instauration d’un nouveau schéma du maintien de l’ordre, toujours attendu.


Enfin, pour que ces violences soient sanctionnées et leurs auteurs condamnés, notre organisation a choisi de déposer plainte en décembre 2019 aux côtés de 13 journalistes victimes de violences policières dans les manifestations des gilets-jaunes.


“RSF déplore que le rapport 2019 de l'inspection générale de la police nationale (IGPN) publié ce 8 juin, qui fait état d’une recrudescence des "violences volontaires" des forces de l'ordre, ne mentionne pas celles commises à l'encontre des reporters sur le terrain, déclare Christophe Deloire. Cette lacune fait craindre un déni des autorités et songer que les exactions commises ne sont pas considérées à la hauteur de leur gravité.”


La France est aujourd’hui à la 34e place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2020.