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1 octobre 2019

Vietnam : le reporter Kieu Dinh Lieu violemment battu pour une enquête sur le trafic de bois

Kieu Dinh Lieu (droite) souffre d’une hémorragie cérébrale et de traumatismes crâniens. Avant d’être attaqué, il venait de découvrir des camions remplis de bois abattu illégalement (photos : Hoang Dinh Nam / AFP - Nguoi Lao Dong).
Expert en questions juridiques, le journaliste venait de découvrir un important stock de bois précieux abattu illégalement. Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités vietnamiennes à identifier et traduire en justice les trafiquants responsables de son passage à tabac.

Il a été laissé inconscient. Kieu Dinh Lieu, reporter pour le magazine juridique officiel Tapchi Luatsư Vietnam (“La Gazette des juristes”), a été roué de coups par trois individus qui l’ont attaqué le 26 septembre dernier, aux alentours de la ville de Pleiku, sur les hauts-plateaux du centre du Vietnam. Transféré aux urgences, il souffre d’une hémorragie cérébrale et de traumatismes crâniens.


Bien qu’il travaille pour un organe de presse proche du Parti communiste au pouvoir, le journaliste s’est spécialisé dans les affaires de corruption locale. Il enquêtait depuis plusieurs semaines sur l’exploitation forestière illégale et de trafic de bois précieux dans la province de Gia Lai. Juste avant d’être attaqué, il avait averti par téléphone les services provinciaux des eaux et forêts de la présence de trois camions remplis de troncs d’arbre abattus clandestinement. Selon le journal Nguoi Lao Dong, ses assaillants ont ensuite détruit sa voiture afin d’éliminer toute trace qu’il aurait pu enregistré.


“En enquêtant courageusement sur la corruption et le trafic de bois, Kieu Dinh Lieu agissait dans l’intérêt public des citoyens de son pays, remarque Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Son passage à tabac en est d’autant plus choquant que les journalistes, au Vietnam, doivent sans cesse composer avec les exigences de la propagande. Nous appelons les autorités à s’assurer que les responsables de cette attaque ne resteront pas impunis.”


“Un seul rédacteur en chef” 


En l’absence d’indépendance éditoriale des organes de presse vietnamiens, les journalistes du pays doivent lutter pour pouvoir mener et publier des enquêtes professionnelles.


Lauréate du Prix de l’impact décerné par RSF il y a moins d’un mois, la journaliste Pham Doan Trang, qui a elle-même commencé dans la presse officielle avant de devenir indépendante, décrit en ces termes la situation de la liberté de la presse au Vietnam, dans un message vidéo envoyé à l’organisation : “Ici, nous avons près d’un millier d’organes de presse ‘officiels”, mais un seul rédacteur en chef : le chef du département de la propagande du Parti communiste.”


Le Vietnam végète depuis des années dans les limbes du Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF, et a réussi l’exploit de perdre une place en 2019, pour se retrouver à la 176ème place sur 180 pays.