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17 octobre 2017 - Mis à jour le 18 octobre 2017

Vietnam : la justice s’acharne contre les blogueurs, RSF s’associe à une contre-offensive

Le dernier congrès du Parti communiste a vu la ligne dure du secrétaire général Nguyen Phu Trong (à droite) l'emporter sur les réformateurs. Quelques mois plus tard, la blogueuse Me Nam (à gauche) était arrêtée (photos : coll. privée, Hoang Dinh Nam/AFP)
Le procès du citoyen journaliste Phan Kim Khanh doit s’ouvrir le 25 octobre. Il risque jusqu’à vingt ans de prison. Reporters sans frontières (RSF) lance une mobilisation avec d’autres organisations pour que cesse la répression sans précédent qui frappe actuellement la liberté d’informer au Vietnam.

Cela fait six mois qu’il croupit dans une prison, sans que sa famille n’ait pu lui rendre visite. Arrêté le 21 mars, âgé de 24 ans, Phan Kim Khanh était étudiant en master à la Faculté d’études internationales de Thai Nguyen, au nord du pays. En vertu de l’article 88 du Code pénal, il est accusé de “propagande anti-étatique”. Son crime ? Avoir administré deux blogs depuis 2015, Tuan Viet Nam (“La semaine du Vietnam”) et Bao Tham Nhung (“Le journal de la corruption”), dont il a créé une page facebook. Il a entretenu deux autres comptes facebook, Tuan Bao Viet Nam (“L’hebdo du Vietnam”) et Dan Chu TV (“Démocratie TV”), ainsi que deux chaînes YouTube, Viet Bao TV et Vietnam Online.


Quatre jours plus tôt, c’est le blogueur Bui Hieu Vo, âgé de 55 ans, qui avait été incarcéré. Le 5 octobre dernier, une nouvelle arrestation a frappé un énième blogueur, Dao Quang Thuc, accusé de mener “des activités visant à renverser l’administration”, comme énoncé dans l’article 79 du code pénal.


“Dans un pays où la ligne éditoriale des médias officiels est dictée par le gouvernement, les informations transmises par Khanh, Vo ou Thuc étaient clairement d’intérêt public, rappelle Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Vouloir enquêter sur la corruption ou l’environnement n’a rien à voir avec l’intention de renverser un Etat. L’actuel bureau politique du Parti communiste devrait comprendre qu’avec ces poursuites iniques contre ses citoyens, le Vietnam est en train de perdre toute crédibilité auprès de sa société civile comme sur la scène internationale.”


Il y a trois mois, les Nations-Unies ont fermement condamné le pays pour son non respect des droits fondamentaux, dont celui d’informer. Alors que la ville de Danang, au centre du pays, doit recevoir le sommet de Coopération Economique Asie-Pacifique (APEC) en novembre prochain, les regards vont se tourner vers le Vietnam. C’est pourquoi RSF s’est joint à une coalition de dix organisations vietnamiennes et internationales pour lancer, cette semaine, la campagne #StopTheCrackdownVN, afin que cesse l’acharnement des autorités contre les défenseurs de l’information.


RSF dénombre près de 25 blogueurs et citoyens journalistes emprisonnés en ce moment. La vague de répression inédite que connaissent les acteurs de l’information a débuté il y a un an avec l’arrestation, le 10 octobre 2016, de Nguyen Ngoc Nhu Quynh, qui écrit sous le nom de Me Nam (“Mother Mushroom”, en anglais). Après plus de six mois de détention provisoire, elle a été condamnée le 29 juin à 10 ans de prison, elle aussi en vertu de l’article 88 du code pénal. La santé de la blogueuse détenue serait fragile, avec des problèmes d’atrophie des membres, selon des informations rapportées par sa mère. Cette dernière appelle à un regain de pressions internationales sur le Vietnam, précisant que "toutes les voix sont nécessaires” et que “cela montre que son cas n’est pas oublié”.


Le Vietnam occupe la 175e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2017.