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23 mars 2018

Vietnam : la France doit interpeller le chef du Parti communiste sur la répression de la liberté de la presse

Le secrétaire général du Parti communiste vietnamien Nguyen Phu Trong (droite) est attendu à Paris dimanche. Le blogueur Nguyen Van Dai (gauche), en détention arbitraire depuis deux ans, sera jugé pour ses écrits le 5 avril prochain (photos : Franck Zellar - Hoang Dinh Nam / AFP).
A l’occasion de la venue en France du secrétaire général du Parti communiste vietnamien à partir de dimanche, Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités à lui poser les questions interdites sur l’état déplorable de la liberté de la presse dans son pays.

Le secrétaire général du Parti communiste vietnamien, Nguyen Phu Trong, doit atterrir dimanche à Paris pour une visite officielle de deux jours, à l’invitation du président français Emmanuel Macron. Véritable tête du pouvoir au Vietnam, au-dessus des postes de président et de Premier ministre, il est, en tant que tel, le premier responsable de la terrible répression qui frappe journalistes et blogueurs depuis que son clan a pris le pouvoir au sein du parti en 2016.


La visite de Nguyen Phu Trong marque notamment le 5ème anniversaire du partenariat stratégique entre la France et le Vietnam, dont l’objectif est “le renforcement de la relation dans tous les domaines”. Or, le respect de la liberté de la presse a jusque-là été le grand oublié de ce pacte.


“Quel serait le sens de ce ‘partenariat stratégique’ si la liberté de la presse en restait absente ? interroge Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Nous attendons des autorités françaises qu’elles posent au secrétaire général du Parti les questions interdites dans son pays, celles que les journalistes vietnamiens ne peuvent poser qu’au prix de leur liberté.”


Quand le Vietnam compte-t-il mettre un terme à la série d’arrestations et de parodies de procès lancée fin 2016 contre les blogueurs du pays ?


Au cours de l’année 2017, une vingtaine de journalistes citoyens ont été arrêtés, déportés ou condamnés à des peines de prison de neuf, dix ou même quatorze ans de prison, pour avoir voulu simplement informer la population. Les procès à l’issue desquels ces peines ont été infligées ne durent jamais plus de quatre heures. La défense est systématiquement mise à l’écart. C’est la pire vague de répression de la liberté d’informer depuis plus de vingt ans.


Comment le Vietnam justifie-t-il les conditions de détention déplorables des journalistes citoyens emprisonnés ?


Leurs proches font état de situations absolument effroyables, de travail forcé et de manque de soins. La santé physique de nombreux journalistes, dont les blogueurs Nguyen Van Dai et Me Nam ("Mère Champignon"), se détériore de manière inquiétante. La santé mentale des journalistes-citoyens vietnamiens emprisonnés est également mise à l’épreuve par l’isolement : ils sont régulièrement éloignés dans des prisons à un millier de kilomètres de leur famille.



Que répond le Vietnam aux appels lancés par des parlementaires européens pour bloquer la ratification du traité de libre-échange avec l’UE ?


En décembre dernier, le Parlement européen a adopté une résolution d’urgence pour exiger la libération des journalistes-citoyens injustement emprisonnés au Vietnam. La ratification de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Vietnam devait initialement être votée courant 2018 pour entrer en vigueur à la fin de l’année. Mais plusieurs parlementaires s’interrogent sur l’opportunité d’un tel traité avec un Etat qui est devenu ces derniers mois l’un des pires prédateurs de la liberté de la presse.


A l’occasion de la visite de Nguyen Phu Trong, RSF publie également un communiqué conjoint avec deux organisations pour appeler les représentants des autorités françaises à aborder en toute franchise la question des droits humains au Vietnam (voir documents joints).


En bas de la liste, le Vietnam occupe la 175e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2017.