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22 juillet 2019 - Mis à jour le 23 juillet 2019

Une équipe de France 2 arrêtée par la police australienne

Le reporter Hugo Clément (à droite) et son équipe ont été arrêtés alors qu’ils filmaient un mouvement de protestation à proximité du terminal charbonnier d’Abbot Point. Une manifestation s’y était déjà déroulée le 1er mai 2019, pour dénoncer les ravages du projet de la firme Adani sur la Grande Barrière de corail (photos : H. Clément - Peter Parks / AFP).
Quatre journalistes travaillant pour France 2 ont été placés en garde à vue alors qu’ils filmaient des manifestants écologistes en amont d’un port donnant sur la Grande Barrière de corail. Reporters sans frontières (RSF) exige l’abandon des charges qui pèsent contre eux et dénonce une attaque intolérable contre le journalisme d’investigation.

Sept heures au trou… C’est le sort qu’a réservé la police du Queensland à quatre journalistes de France 2, interpellés ce matin, 22 juillet, vers 7 heures, alors qu’ils filmaient une manifestation de militants écologistes en amont du terminal charbonnier d’Abbot Point, un port en eaux profondes situé dans le nord-est de l’Australie. Le reporter Hugo Clément, le réalisateur Guillaume Dumant, les journalistes reporters d’images Clément Brelet et Victor Peressentchensky ont été menottés pour certains et placés en garde à vue pour “violation de propriété” - la “propriété” en question n’étant qu’une ligne de chemin de fer à côté de laquelle deux militantes s’étaient attachées, et sur laquelle les journalistes ne se trouvaient même pas. 


“Les reporters de France 2 faisaient simplement leur travail dans l’espace public, en toute légalité.  Leur arrestation pour un motif aussi fallacieux relève d’une pratique arbitraire typique des régimes autoritaires, déplore Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Nous appelons les autorités du Queensland à abandonner immédiatement ces charges absurdes portées contre les quatre journalistes. Surtout, les récentes atteintes répétées à la liberté de l’information en Australie interrogent sur la situation de l’état de droit dans le pays qui, si rien ne change, risque fort de perdre des places dans la prochaine édition du classement de la liberté de la presse de RSF.”


“Interdiction d’enquêter”


Les reporters de France 2 ont été relâchés sous caution en début d'après-midi, en attendant une audience devant un juge prévue le 3 septembre. L’acte de libération précise qu’ils n’ont désormais pas le droit de s’approcher à moins de 100 mètres de toute propriété du groupe Adani, à qui appartient la ligne de chemin de fer qu’ils filmaient ce matin. Surtout, il leur est également formellement interdit de s’approcher à moins de 20 kilomètres de la mine de charbon de Carmichael - laquelle se trouve à 500 km au sud.


“Le lien entre notre arrestation et cette interdiction, c’est la compagnie Adani, qui exploite cette mine, témoigne Hugo Clément auprès de RSF. Ce matin, les policiers sont allés directement sur nous, ils ne voulaient clairement pas que l’on filme le mouvement de protestation. Et maintenant ils nous interdisent le simple fait d’enquêter sur le sujet - cela en dit long sur le pouvoir d’influence des grands groupes privés.”


Le complexe minier de Carmichael a été lancé en 2014 par le conglomérat indien Adani qui, avec le soutien des gouvernements australien et du Queensland, veut en faire tout simplement la plus grande mine de charbon du monde. Le projet, particulièrement climaticide, prévoit notamment le creusement d’un chenal  au terminal d’Abbot Point, qui détruirait une partie de la Grande Barrière de corail. L’équipe de France 2 enquêtait sur ce sujet d’intérêt international majeur pour l’émission “Sur le front”, consacrée aux questions environnementales.


Attaques sérieuses


Mise en péril depuis plusieurs années par une concentration toujours plus forte des médias privés, qui grève le pluralisme, la liberté de la presse en Australie a subi de sérieuses attaques le mois dernier, avec la double perquisition de la police fédérale au domicile d’une journaliste politique à Canberra et dans les locaux de l’Australian Broadcasting Corporation (ABC), à Sydney, pour deux affaires différentes. On a appris depuis que les policiers ont également obligé la compagnie aérienne Qantas à leur livrer les détails des voyages personnels d’un reporters de l’ABC.


En chute de deux places par rapport à 2018, l’Australie occupe la 21e position sur 180 pays dans le Classement mondial pour la liberté de la presse établi par RSF en 2019.