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26 mars 2018

Une enquête indépendante doit identifier les vrais coupables du meurtre du journaliste indien Sandeep Sharma

Le journaliste Sandeep Sharma a été vraisemblablement tué pour ses enquêtes sur la mafia des mines illégales (photos : archives Twitter - Sam Panthaky / AFP).
Le journaliste Sandeep Sharma a été tué ce matin, écrasé par un camion-benne qui lui a foncé dessus alors qu’il roulait à deux-roue sur une route du district de Bindh, dans l’Etat central du Madhya Pradesh. Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités indiennes à faire toute la lumière sur cette affaire, qui mêle mafia des mines et policier véreux.

Enregistrées par une caméra de surveillance, les images de son assassinat ne laissent planer aucun doute quant à l’intention criminelle du chauffeur du camion. Âgé de 35 ans, Sandeep Sharma, qui travaillait pour une chaîne de télévision nationale, enquêtait sur la “mafia du sable”, ces organisations criminelles qui se constituent à partir du commerce du sable issu de mines illégales pour des chantiers, entraînant accaparement de terre, atteintes à l’environnement et corruption généralisée.


Craignant pour sa vie, le journaliste avait récemment porté plainte après avoir reçu des menaces de mort. Il avait notamment pointé du doigt la complicité entre un officier de police et des parrains de la mafia locale, confirmée par une conversation dont il avait diffusé l’enregistrement.


“La violence de cet assassinat est un effroyable avertissement adressé aux journalistes qui osent enquêter sur le phénomène de la mafia du sable, regrette Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Nous transmettons notre soutien aux confrères de Sandeep qui, comme dans d’autres districts en Inde, exercent leur métier au péril de leur vie.


Les autorités doivent mettre en place des mécanismes de protection des journalistes. Surtout, nous les appelons à diligenter une cellule d’investigation indépendante pour mener à bien l’enquête, et remettre les coupables de ce crime odieux à la justice, y compris les donneurs d’ordre. Les meurtres de journalistes restent bien trop souvent impunis en Inde.”


Alors que Sandeep Sharma a été tué à quelques mètres du commissariat de police de Kotwali, les forces de l’ordre ont mis près de 20 minutes à intervenir, ce qui fait craindre aux membres du Club de la presse de Bindh que cet assassinat pourrait être couvert par des complicités au sein des pouvoirs publics.


Les journalistes qui enquêtent sur la mafia du sable sont régulièrement victimes de représailles particulièrement violentes. En 2016, dans l’Etat voisin de l’Uttar Pradesh, deux reporters du Jansandesh Times et de Hindustan, Karun Misra et Ranjan Rajdev, ont été tués par balles par des assaillants en moto après avoir publié des articles sur les activités minières illégales. En juin 2015, le journaliste Jagendra Singh a succombé à ses blessures après avoir été victime d’un raid policier à l’issue duquel il a été brûlé vif. Il enquêtait notamment sur les liens du ministre de l’Uttar Pradesh avec le crime organisé autour des mines illégales. Quelques jours plus tard, Haider Khan, qui avait enquêté sur des expropriations abusives, a été battu et traîné derrière une moto sur une centaine de mètres. En octobre de la même année, Hemant Kumar Yadav a été abattu de plusieurs balles dans la poitrine par des hommes à moto en représailles à ses articles. Dans tous ces cas, les investigations menées par la police n’ont pas donné de résultat, et les donneurs d’ordre restent impunis.


Sandeep Sharma laisse derrière lui deux enfants de 14 et 15 ans. Son assassinat est intervenu moins de 24 heures après que deux autres journalistes, Navin Nischam et Vijay Singh, ont été tués par un chef politique local qui leur a foncé dessus avec son 4x4, dans l’Etat du Bihar.


Plombée par la grande insécurité qui touchent les journalistes, l’Inde occupe la 136ème position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2017.