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30 août 2017 - Mis à jour le 31 août 2017

Une attaque d’une rare violence de RT contre RSF

L’attaque de RT contre Reporters sans frontières (RSF) témoigne d’une conception du journalisme éloignée des standards professionnels, dénonce l’organisation de défense de la liberté d’information.

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Alors que la chaîne russe RT (ex-Russia Today), conventionnée par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), s’apprête à lancer sa chaîne de télévision en France à la fin de cette année et recrute 100 salariés dont 50 journalistes pour sa rédaction à Paris, sa rédactrice en chef Margarita Simonian lance une attaque d’une grande violence contre Reporters sans frontières (RSF), organisation leader pour la défense de la liberté de la presse. Dans des articles publiés sur les sites en russe, français et anglais de RT et de Sputnik, Margarita Simonian demande à RSF de “s'auto-dissoudre sans faire de bruit, de façon à ne pas déshonorer les vrais défenseurs des droits de l'homme”.


Ces propos surviennent à la suite de l’évocation par le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire, dans l’hebdomadaire culturel Télérama, le 22 août, d’une lettre que Margarita Simonian lui avait adressée en novembre 2016 après l’adoption d’une résolution du parlement européen sur les médias de propagande. Dans ce courrier, la rédactrice en chef, réputée proche de Vladimir Poutine, à la tête d’un média connu pour suivre la ligne du Kremlin, réclamait le soutien de RSF en se fondant sur les grands textes de droit international, notamment l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, du pacte international relatif aux droits civils et politiques et la convention européenne des droits de l’homme.


Dans son interview à Télérama, Christophe Deloire déclarait : “Nous sommes à un moment où les ennemis du journalisme se servent précisément des principes qui ont servi à le défendre. Face à ces enjeux, le droit international n’est plus adapté.” Il faisait référence à la profusion de nouveaux médias de propagande, dotés parfois de très gros moyens, qui bénéficient naturellement de la liberté d’expression, mais sont parfois très loin des standards d’un journalisme indépendant et honnête. Le secrétaire général de RSF n’a pas affirmé que la chaîne RT dans son ensemble était constituée d’ennemis du journalisme, même si l’organisation déplore son inféodation aux autorités russes et ses pratiques souvent en infraction avec les principes éthiques du journalisme et les méthodes normales de vérifications.


Demander la fermeture d’une organisation de défense de la liberté de la presse réputée dans le monde entier pour son indépendance, a fortiori en utilisant le canal de ses propres rédactions, témoigne d’une conception du journalisme pour le moins éloignée des principes éthiques et des standards professionnels du métier, s’étonne Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Nous maintenons évidemment notre affirmation que, dans la nouvelle ère de la propagande dans laquelle nous entrons, certains défendent des dévoiements du journalisme en se fondant sur les normes internationales. La rédactrice en chef de RT peut en tout cas compter sur RSF pour continuer à faire du bruit en faveur d'un journalisme libre et indépendant”.


L’organe de régulation britannique de l’audiovisuel, Ofcom, a épinglé RT à plusieurs reprises ces dernières années pour ses “manquements répétés” à ses obligations d’impartialité.


Dans sa convention signée avec le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel le 2 septembre 2015, la société RT France s’est engagée à respecter “le caractère pluraliste de l’expression des courants de pensées et d’opinion et l'honnêteté de l’information”. Les journalistes sont appelés à veiller “à respecter une présentation honnête des questions prêtant à controverse et à assurer l’expression des différents points de vue”. L’article 2-3-6, précise également que l’exigence d'honnêteté s’applique à l’ensemble des programmes et que l’éditeur doit “faire preuve de rigueur dans la présentation et le traitement de l’information”.


Lancé en 2005, RT (ex-Russia Today) est aujourd’hui le premier média russe international présent à la fois sur internet et la télévision. La journaliste russe Margarita Simonian est à la fois la rédactrice-en-chef de RT et du groupe de médias d’Etat “Rossia Segodnia”, qui chapeaute entre autres le réseau Sputnik, diffusant dans 34 pays. RT et “Rossia Segodnia” sont financés par l’Etat russe.