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7 avril 2020 - Mis à jour le 6 mai 2020

Un reporter philippin forcé à des excuses publiques après avoir critiqué “l’inaction” du président Duterte face au Covid-19

Joshua Molo est le rédacteur en chef de Dawn, le journal de l’Université de l’Est, situé à Manille (image : Ralph de Jesus / Far Eastern University Advocate).
Reporters sans frontières (RSF) condamne avec la plus grande fermeté les pressions exercées par des supporteurs du président philippin pour forcer l’étudiant-journaliste Joshua Molo à renoncer à sa liberté d’expression.

Il s’était contenté d’interroger, dans un post sur Facebook, “l’inaction” du président Rodrigo Duterte face à la crise du Covid-19 aux Philippines. Joshua Molo, rédacteur en chef de UE Dawn, le journal de l’Université de l’Est, situé à Manille, a été forcé de présenter des excuses publiques après que trois de ses anciens professeurs, favorables au président philippin, ont porté plainte contre lui devant un tribunal local de la ville de Cabiao, situé au nord de la capitale philippine. 

 

Convoqué dimanche vers midi par la cour pour une réunion de médiation, Joshua Molo a été menacé de poursuites pénales pour diffamation. Selon ses propos, les membres du tribunal ont également affirmé que l'étudiant-journaliste serait arrêté par la police s'il continuait à critiquer l’administration Duterte. Financièrement incapable de faire face à des procédures judiciaires, Joshua Molo a dû présenter des excuses dans une vidéo publiée vers 13 h 30. 

 

Pratique totalitaire


“Il est absolument intolérable qu’un étudiant-journaliste soit ainsi harcelé par ses aînés pour un simple commentaire, au point qu’il doive renoncer à sa liberté d’expression, regrette Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Obliger les voix dissidentes à présenter des excuses publiques est l’apanage des régimes totalitaires. Que cette pratique ait aujourd’hui cours aux Philippines en dit long sur l’état actuel de la démocratie dans l’archipel, sous le règne du président Duterte.”

 

Deux journalistes philippins, Mario Batuigas et Amor Virata, risquent deux mois de prison après une plainte portée la semaine dernière en vertu d’un texte spécial qui entend punir toute diffusion de “fausses informations concernant la crise du Covid-19” -  quand bien même aucune définition juridique n’est donnée de la notion de “fausse information”.

 

Les Philippines se classent à la 134e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2019 établi par RSF.