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27 octobre 2017

Un journaliste détenu depuis un mois en Ouzbékistan : un test pour le nouveau pouvoir

Cela fait un mois, ce 27 octobre 2017, que le journaliste indépendant Bobomourod Abdoullaïev est emprisonné dans des conditions inquiétantes en Ouzbékistan. Accusé d’avoir voulu “renverser l’ordre constitutionnel”, il risque jusqu’à 20 ans de réclusion. Reporters sans frontières (RSF) appelle à sa libération immédiate et au respect de ses droits.

Le sort de Bobomourod Abdoullaïev a valeur de test : c’est le premier journaliste emprisonné depuis l’arrivée au pouvoir du nouveau président ouzbek Chavkat Mirzioïev, dont le discours réformiste tranche avec les pratiques brutales de son prédécesseur Islam Karimov.


Détention inquiétante


Bobomourod Abdoullaïev a disparu le 27 septembre. Ce n’est qu’au bout de deux jours que ses proches ont appris qu’il se trouvait dans un centre de détention provisoire des services secrets ouzbeks (SNB) à Tachkent. Le journaliste est accusé d’avoir appelé au “renversement de l’ordre constitutionnel” dans des articles publiés sous le pseudonyme d’Ousman Khaknazar. Une version qui lui fait encourir jusqu’à 20 ans de prison, et que rejettent catégoriquement ses collègues. Selon les enquêteurs, ces publications lui étaient commandées par l’opposant en exil Mouhammad Salih.


D’après les dernières informations disponibles, il n’a toujours pas eu accès à un avocat et les visites de ses proches lui sont refusées, à une seule exception. RSF a profité de sa présence à Tachkent pour une conférence régionale sur les médias, le 19 octobre, pour demander publiquement des explications aux autorités à ce sujet, mais ces questions sont restées sans réponse. Le recours fréquent à la torture dans les centres de détention ouzbeks renforce les craintes quant au sort du journaliste.


Collaborateur du site d’information indépendant Ferghana, Bobomourod Abdoullaïev est également journaliste sportif et ancien correspondant de l’IPWR (Institute for War and Peace Reporting) et de Radio Ozodlik (service ouzbek de Radio Free Europe / Radio Liberty).


“Nous demandons aux autorités ouzbèkes de remettre en liberté Bobomourod Abdoullaïev, d’assurer sa sécurité et son droit à la défense, déclare Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale. Dans le climat d’espoir suscité par les ouvertures du président Mirzioïev, cette affaire fait figure de test : l’amorce de dégel concerne-t-elle aussi les services de sécurité et la liberté des médias ?”


Climat d’espoir


La mort du président Islam Karimov, en 2016, a ouvert une nouvelle page en Ouzbékistan. Ses 25 années de règne ont été marquées par une censure toujours plus implacable et par une répression brutale contre les journalistes indépendants et autres voix critiques. Son successeur, l’ancien Premier ministre Chavkat Mirzioïev, promet désormais d’améliorer la situation des droits humains dans son pays. Il a proclamé l’année 2017 “Année du dialogue avec le peuple et des intérêts humains” et ne manque pas une occasion de citer la “Stratégie nationale d’action 2017-2021”, qui prévoit le développement de l’Etat de droit.


Plusieurs personnalités emprisonnées depuis de longues années ont été libérées cette année, dont le célèbre journaliste d’opposition Muhammad Bekjanov, lauréat du Prix RSF pour la liberté de la presse en 2013. Il a recouvré la liberté en février 2017 après 18 ans de réclusion, ce qui faisait de lui l’un des journalistes emprisonnés depuis le plus longtemps au monde. Son collègue Jamshid Karimov a été libéré un mois plus tard d’un hôpital psychiatrique où il avait été enfermé près de dix ans. Le reporter Solidjon Abdourakhmanov a été libéré à son tour en octobre 2017 après neuf ans de prison.


Outre Bobomourod Abdoullaïev, au moins quatre autres journalistes restent cependant emprisonnés du fait de leurs activités professionnelles, et la libération annoncée de cinq collaborateurs du journal Irmok n’a pas encore pu être confirmée. L’introduction d’émissions en direct à la télévision, y compris sur des sujets sociaux sensibles, a tourné court en août à la demande du Premier ministre. Les principaux sites d’information indépendants, comme Ferghana ou Radio Ozodlik, restent bloqués en Ouzbékistan. Le pays occupait la 169e place sur 180 au Classement mondial 2017 de la liberté de la presse de RSF.