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22 décembre 2016 - Mis à jour le 23 décembre 2016

Lettre ouverte au nouveau président de la République d'Ouzbékistan

Au lendemain de son investiture, le 14 décembre 2016, Reporters sans frontières (RSF) a adressé un courrier au nouveau Président de la République ouzbek, Chavkat Mirzioïev. L’organisation lui demande de mettre un terme à la censure drastique qui prévaut en Ouzbékistan, 166e sur 180 au Classement mondial 2016 de la liberté de la presse, et d'engager rapidement les réformes nécessaires pour faire respecter le droit à l’information et la liberté des médias.

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M. Chavkat Mirzioïev

Président de la République d’Ouzbékistan


Paris, le 15 décembre 2016


Monsieur le Président,


Investi président de la République d’Ouzbékistan ce 14 décembre 2016, vous avez fait le serment de “garantir les droits et libertés” de vos concitoyens. L’organisation internationale Reporters sans frontières (RSF) souhaite profiter de cette occasion pour attirer votre attention sur l’état déplorable de la liberté de la presse en Ouzbékistan. Nous espérons vivement que vous saurez entreprendre les réformes nécessaires pour que vos concitoyens aient enfin accès à une information complète et pluraliste, à des médias indépendants et à un Internet libre.


Monsieur le Président, votre pays occupe la 166e place sur 180 au Classement mondial 2016 de la liberté de la presse. Pas moins de dix journalistes sont aujourd’hui emprisonnés du fait de leurs activités d’information, dont Salijon Abdourakhmanov, Dilmourod Saïd ou encore Barno Khoudoïorova. La plupart souffrent de graves problèmes de santé. Deux d’entre eux, Muhammad Bekjanov et Youssouf Rouzimouradov, comptent parmi les journalistes emprisonnés depuis le plus longtemps au monde. Nous vous demandons de faire en sorte qu’ils soient libérés sans délai, de même que tous les autres prisonniers d’opinion.


La censure à laquelle sont aujourd’hui soumis les médias ne permet pas au pluralisme d’exister et prive la population de son droit à une information diverse et complète. La presse étrangère a été bannie du pays depuis les événements d’Andijan en 2005, et la pression ne cesse de s’intensifier sur les derniers journalistes critiques.


L’accès aux principaux sites d’information indépendants, dont ceux de l’agence Ferghana ou de Radio Ozodlik, est depuis longtemps bloqué en Ouzbékistan. Les instances de régulation du trafic, telles que la Commission d’experts sur l’information et les communications de masse, agissent en organes de censure. Les principaux VPN sont eux-mêmes rendus inaccessibles, tout comme de nombreuses applications de messagerie instantanée. Monsieur le Président, nous vous demandons de lever les restrictions indues pesant sur la presse et Internet et de faire appliquer l’article 67 de la Constitution ouzbèke, qui dispose que “les médias doivent être libres”.


Nous avons pleinement conscience des importants défis qui attendent l’Ouzbékistan dans les années à venir. Mais l’information n’est pas à craindre, c’est au contraire une condition sine qua non du développement de votre pays. La population ouzbèke a trop longtemps été privée de ses droits fondamentaux : elle doit enfin pouvoir en jouir librement.


En vous remerciant par avance pour l’intérêt que vous voudrez bien accorder à ce courrier, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de nos respectueuses salutations.



Christophe Deloire

Secrétaire général