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18 octobre 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Un journaliste détenu au secret par les renseignements militaires depuis quatre jours


Le journaliste Muhammad Zaib Mansoor est détenu depuis le 14 octobre après avoir été emmené pour un simple interrogatoire par des membres du renseignement militaire, dans la province de Khyber-Pakhtunkhwa (Nord-ouest). Reporters sans frontières dénonce fermement ces méthodes d’arrestation, de détention et d’interrogation, en totale violation des lois et des garanties de protection des professionnels des médias. “Nous exigeons la remise en liberté immédiate du journaliste. Aucune détention ne peut excéder 24 heures. Au delà de ce délai, si les militaires avaient quelque chose à lui reprocher, ils auraient dû le déférer devant un juge. Cette région du pays est déjà soumise à un environnement sécuritaire instable pour les journalistes et, en agissant de la sorte, les autorités aggravent cette situation”, a déclaré l’organisation. “D’autres questions nous préoccupent. Pourquoi les services de renseignement avaient-ils placé le journaliste sur écoute téléphonique ? Une décision judiciaire avait-elle été prise pour autoriser une telle surveillance ? Combien de journalistes sont actuellement écoutés par l’ISI ? La liberté d’action avec laquelle opèrent les agences de renseignement pose une grave menace à la liberté de la presse et de l’information. Une enquête devrait être ouverte pour contrôler les procédés de ces différents services”, a ajouté Reporters sans frontières. La disparition de Muhammad Zaib Mansoor, journaliste des quotidiens Ayeen et Awaz-e-Swat basés à Dargai, a été rendue publique le 17 octobre par ses collègues qui étaient présents lors de son “enlèvement” par les membres de l’intelligence militaire trois jours plus tôt. Selon ces derniers, qui ont contacté le service des relations publiques militaire, le reporter serait interrogé suite à des “appels téléphoniques suspects”. “Nous avons été informés du motif de l’interrogatoire de Mohammad Zaib Mansoor, mais ignorons le contenu de ces appels”, ont déclaré à Reporters sans frontières ses collègues. Ils ignorent également si ces appels ont été émis ou reçus par le journaliste. “Il s’agit d’un journaliste professionnel et très sérieux. Nous avons contacté les responsables militaires locaux qui nous ont affirmé que, si Mohammad Zaib Mansoor était innocent, il serait bientôt libéré”. Toutefois, sa disparition reste préoccupante “s’il a enfreint la loi d’une quelconque manière, il doit être poursuivi par la justice, mais l’enlever de cette manière provoque l’inquiétude chez tous les journalistes” ont-ils ajouté. Mohammad Zaib Mansoor, journaliste depuis quinze ans est également secrétaire général du Club de la presse de la ville de Dargai. Les zones tribales pakistanaises sont de réelles espaces de non-droit pour les journalistes issus d’autres régions. Quant aux journalistes étrangers, ils n’y bénéficient d’aucun accès depuis le déclenchement par les Etats-Unis de la guerre contre la terreur en 2001. Le Pakistan se situe à la 159ème position sur 179 selon le classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.