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19 juin 2002 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Un journaliste condamné à 15 ans de prison, le rédacteur en chef de Cumhuriyet interpellé


Memik Horuz, directeur de publication du périodique d'extrême gauche Isçi Köylü, a été condamné à 15 ans de prison pour appartenance à une organisation illégale armée et Ibrahim Yildiz, directeur de publication du quotidien Cumhuriyet, a été placé en garde à vue illégalement. Reporters sans frontières s'inquiète de la légèreté avec laquelle ces deux affaires ont été traitées.
Le 13 juin 2002, Memik Horuz, directeur de publication du périodique d'extrême gauche Isçi Köylü, a été condamné à 15 ans de prison pour appartenance à une organisation illégale armée, suite à la publication d'interviews de militants d'extrême gauche. Par ailleurs, Ibrahim Yildiz, directeur de publication du quotidien Cumhuriyet, a été placé en garde à vue illégalement le 15 juin 2002. Reporters sans frontières s'est inquiétée, dans un courrier adressé au ministre de la Justice, Hikmet Sami Turk, de la légèreté avec laquelle ces deux affaires ont été traitées. "Les méthodes employées par la justice et la police turques sont scandaleuses. Memik Horuz a été condamné à passer quinze années derrière les barreaux sur la seule base d'un article qu'il a écrit et d'un témoignage, démonté point par point par la défense. Ibrahim Yildiz, a dû, quant à lui, passer douze heures en garde à vue, simplement parce la police n'avait pas mis ses fichiers à jour !", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de l'organisation. "Nous vous demandons la libération immédiate de Memik Horuz", a ajouté Robert Ménard. Le 13 juin, la Cour de sûreté de l'Etat n°2 d'Ankara a condamné Memik Horuz, directeur de publication du périodique d'extrême gauche Isçi Köylü, à quinze ans de prison pour appartenance à une organisation illégale armée (article 168 alinéa 2 du code pénal). Emprisonné depuis le 18 juin 2001 à la prison de Sincan à Ankara, le journaliste est accusé d'avoir réalisé un reportage basé sur des entretiens avec des militants d'une organisation interdite, l'aile armée du parti communiste marxiste léniniste turc (T.K.P. / M.L. T.I.K.K.O.), et de l'avoir publié dans le périodique Özgür Geleçek en novembre 2000. La cour a refusé de réduire sa peine pour bonne conduite, comme le lui permettait l'article 59 du code pénal. Les seuls éléments sur lesquels le tribunal s'appuie pour étayer le verdict sont l'article publié par le journaliste et le témoignage d'un ancien membre présumé du T.K.P. / M.L. T.I.K.K.O, Erol Cetin, qui accuse le journaliste d'être membre de l'organisation interdite et d'avoir participé à des entraînements dans des camps de l'organisation. La défense ayant pu produire un alibi pour chaque fait et date présentés par Erol Cetin, aucune preuve concrète ne vient étayer ces accusations. Reporters sans frontières rappelle que le Conseil de presse turc considère que le journaliste Memik Horuz a été condamné pour ses activités journalistiques bien que les chefs d'inculpation ne soient pas liés à sa profession. Par ailleurs, dans la nuit du 14 au 15 juin 2002, Ibrahim Yildiz, directeur de publication du quotidien Cumhuriyet, a été interpellé sans aucune raison valable dans un hôtel à Ankara, et retenu 12 heures en garde à vue, avant d'être présenté le matin devant un tribunal d'Ankara et relâché. La police recherchait le journaliste dans le cadre d'un article sur une banque, pour lequel il avait été poursuivi en 1996, puis amnistié l'année suivante. Mais les services de police n'avaient pas mis leurs registres à jour. Le journaliste n'ayant reçu aucune information concernant ce procès, la police n'avait aucun droit de l'interpeller et aurait dû simplement le convoquer.