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22 mars 2021

Turquie : le journaliste français Sylvain Mercadier expulsé dès son arrivée à Istanbul

Le journaliste Sylvain Mercadier (Source: Phillipe Leblanc)
Le reporter a été intercepté juste après l'atterrissage de son avion, le 19 mars, puis expulsé au motif qu’il menaçait la sécurité du pays. Reporters sans frontières (RSF) dénonce l’attitude des autorités turques à l’encontre des journalistes étrangers et appelle Ankara à respecter les droits démocratiques des professionnels de l’information.

Dans la soirée du 19 mars, le journaliste indépendant Sylvain Mercadier a été intercepté par la police, alors que son avion venait d'atterrir à l’aéroport Sabiha Gökçen d’Istanbul, en Turquie. Le reporter français, qui collabore notamment avec l’Orient XXI, Middle East Eye ou encore The Guardian, souhaitait se rendre dans la province de Diyarbakir, dans le sud-est du pays, pour couvrir les célébrations du Nouvel An Kurde (Newroz).


Après un interrogatoire de deux heures, le journaliste a passé la nuit enfermé, en présence de réfugiés de divers pays, avant d’être expulsé le lendemain matin, par le premier avion en partance pour l’aéroport de Paris-Orly. Selon un document, fourni par la police, Sylvain Mercadier était considéré comme une menace pour “la sécurité publique” dans le pays.


“Les autorités turques ont durci leurs rapports avec les journalistes travaillant pour des médias internationaux, notamment depuis les manifestations du Printemps 2013 de Gezi, la reprise du conflit avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en juillet 2015 et la tentative de putsch avorté de juillet 2016, explique le représentant de RSF en Turquie, Erol Önderoglu. Les interdictions d’accès au territoire ou les poursuites judiciaires abusives sont devenues monnaie courante. RSF exhorte Ankara à respecter les droits démocratiques des professionnels de l’information.”


Après son retour en France, Sylvain Mercadier a dénoncé, sur son compte Twitter, l’attitude des autorités turques. “Dans ce pays, comme dans de nombreux régimes autoritaires, la ‘sécurité’ est souvent une excuse pour mettre en place des mesures répressives. Ankara ne veut pas que les journalistes étrangers documentent la chasse aux sorcières menée contre le HDP [le parti démocratique des peuples, parti pro-kurde et deuxième force d’opposition du pays, ndlr]. Ankara continue d’esquiver la question kurde en mettant en place des politiques répressives et populistes”, a-t-il estimé.


La Turquie occupe le 154e rang sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.