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31 janvier 2019 - Mis à jour le 1 février 2019

Thaïlande : un Taïwanais poursuivi pour avoir hébergé une radio libre émettant en Chine

Le réseau Sound Of Hope transmet des programmes qui se veulent indépendants de toute influence des autorités chinoises et qui reflètent les croyances des membres de Falun Gong ( photo : Sound Of Hope).
Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités thaïlandaises à abandonner les poursuites à l’encontre de Yung-hsin Chiang, un homme d’affaires taïwanais accusé d’avoir hébergé une radio libre destinée aux auditeurs chinois. Il risque cinq ans de prison.

Yung-hsin Chiang, homme d’affaires taïwanais vivant en Thaïlande, a été arrêté le 23 novembre dernier sur son lieu de travail pour avoir “enfreint les lois sur la radio-télévision”. Son crime : avoir géré, depuis 2015, la location à Chiang Mai, dans le nord de la Thaïlande, d’un local à une radio qui diffuse sur le territoire chinois. Cette radio a la particularité de faire partie du réseau Sound Of Hope (SOH), fondé par le mouvement Falun Gong persécuté en Chine. Ce réseau basé à San Francisco a établi une station de radio à ondes courtes pour transmettre des programmes qui se veulent indépendants de toute influence des autorités chinoises et qui reflètent les croyances des membres de Falun Gong.


Selon des informations recueillies par RSF, le gouvernement chinois a fait pression sur les autorités thaï pour suspendre l’antenne de la radio en août 2018. Ces dernières ont saisi l’ensemble de l’équipement du local, puis détenu Yung-hsin Chiang pendant deux jours avant de le libérer sous caution. Il est depuis interdit de sortie de territoire en attendant sa comparution le 12 février prochain. D’après son avocat, il risque jusqu’à cinq ans de prison pour avoir enfreint la loi thaïlandaise sur la radiodiffusion et la télédiffusion.


Toujours selon l’avocat de l’homme d’affaires, l’accusation s'appuie sur le récit d’un mystérieux témoin qui affirme l’avoir vu installer une antenne de trente mètres, alors que le  réseau SOH assure que cet équipement n’est pas nécessaire pour une radio qui émet en onde courte et qu’il n’a donc jamais été installé. SOH assure également qu’il n’a été impliqué dans aucune “diffusion illégale”.


« Cette arrestation totalement injustifiée porte un nouveau coup à la liberté de l'information en Thaïlande et pénalise les auditeurs chinois qui comptaient sur cette radio pour s'informer en contournant la censure, dénonce le bureau Asie-Pacifique de RSF, qui appelle les autorités thaïlandaises à « cesser d’assister Pékin dans ses opérations de répression des médias d’opposition et à abandonner les poursuites à l’encontre de M.Chiang. »


La direction de SOH a expliqué à RSF que leur radio était perçue en Chine comme une menace. Le réseau opère des radios à ondes courtes depuis 2004, qui transmettent quotidiennement des actualités non-censurées vers la quasi-totalité du territoire chinois. Dès 2013, l’association Freedom House avait documenté dans un rapport les pressions exercées par la Chine envers les gouvernements d’Asie du Sud pour réprimer les transmissions de Sound of Hope.


Le gouvernement thaïlandais a déjà, par le passé, cédé aux pressions chinoises. En 2015, le caricaturiste politique Jiang Yefei avait été arrêté par la police à Bangkok à la demande de Pékin. La même année, l’éditeur Gui Minhai avait disparu en Thaïlande avant de réapparaitre dans un centre de détention chinois dans lequel il est emprisonné depuis plus de trois ans, soulignant l’influence de la Chine et de sa politique répressive au-delà des frontières ainsi que la complicité des autorités thaïlandaises.


La Thaïlande se situe à la 140ème place sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2018 établi par RSF.