Actualités

8 mars 2019 - Mis à jour le 17 avril 2019

Russie : trois ans après l’attaque d’un groupe de journalistes en Ingouchie, l’enquête est au point mort

Crédit : Denis Siniakov / Mediazona
Trois ans après la violente agression d’un groupe de journalistes et de défenseurs des droits humains en Ingouchie, dans le Caucase russe, l’enquête est au point mort. Reporters sans frontières (RSF) exhorte les autorités à honorer leurs promesses et à mettre fin à l’impunité.

Читать на русском / Lire en russe


L’impunité triomphera-t-elle encore une fois ? Trois ans après l’une des agressions de journalistes les plus retentissantes de ces dernières années en Russie, aucun suspect n’a été identifié. En février, un tribunal local a jugé légal le refus des enquêteurs de laisser l’un des avocats des victimes, Andreï Sabinine, accéder au dossier. Malgré le climat d’intimidation dans lequel l’attaque s’est déroulée, aucun officiel tchétchène n’a été interrogé. Si la clôture pure et simple de l’enquête a été évitée de justesse en 2017, celle-ci reste au point mort.

La violente attaque subie par un groupe de journalistes et de défenseurs des droits de l’homme, le 9 mars 2016, avait fait grand bruit. La journaliste suédoise Maria Persson Löfgren, son confrère norvégien Øystein Windstad et leurs collègues russes Egor Skovoroda, Alexandra Elagina, Anton Prousakov et Mikhaïl Solounine participaient à un voyage en Tchétchénie organisé par le Comité de prévention de la torture. Ils venaient de passer la frontière entre cette république autonome du Caucase russe et l’Ingouchie voisine quand une vingtaine d’individus masqués leur avaient barré la route et les avaient roués de coups avant d’incendier leur minibus.


Plusieurs journalistes avaient dû être soignés dans un hôpital local. Leur matériel professionnel avait été détruit dans l’incendie. Quelques heures après cette attaque, des locaux du Comité de prévention de la torture en Ingouchie étaient saccagés par des hommes armés et encagoulés.


Devant le tollé, le chef de l’Etat Vladimir Poutine avait promis, par la voix de son porte-parole Dmitry Peskov, que tout serait fait pour élucider cet incident “intolérable”. “Nous comptons sur les forces de l’ordre pour qu’elles prennent les mesures les plus actives pour rechercher et retrouver les coupables”, avait-il déclaré au lendemain de l’attaque. Le porte-parole du président tchétchène, Alvi Karimov, avait quant à lui vivement critiqué RSF pour avoir souligné le climat d’impunité et d’intimidation prévalant dans la région.

“Laisser impunie une affaire si retentissante enverrait un nouveau signal catastrophique aux journalistes enquêtant sur les violations des droits de l’homme dans le Caucase russe, déclare Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’est et Asie centrale de RSF. Les autorités fédérales et locales ont le devoir d’honorer les promesses faites au plus haut niveau de l’Etat et les engagements internationaux de la Russie en matière de sécurité des journalistes.”

RSF rappelle que de multiples résolutions des Nations-Unies imposent aux Etats la conduite d’enquêtes “impartiales, complètes, indépendantes, rapides et efficaces” sur les violences commises contre les journalistes. 

La Russie occupe la 148e place sur 180 au Classement mondial 2018 de la liberté de la presse de RSF. La situation ne cesse de se détériorer en Tchétchénie, véritable “trou noir de l’information” au sein de la Fédération russe.