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25 janvier 2021 - Mis à jour le 26 janvier 2021

Russie : RSF dénonce une répression totalement disproportionnée des journalistes couvrant les manifestations pro-Navalny

Crédit : Ivan Petrov / Tardigrada
​Plus de cinquante interpellations de reporters ont été recensées lors des rassemblements appelant à la libération de l’opposant Alexeï Navalny en Russie. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une répression d’une rare ampleur, et appelle l’Union européenne (UE) à de nouvelles sanctions.

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Le bilan de la journée du 23 janvier est lourd : plus de 50 journalistes ont été la cible d’interpellations, de détentions arbitraires, et de violences policières dans 17 villes de Russie, alors qu’ils couvraient les manifestations réclamant la libération de l’opposant Alexeï Navalny. Ce chiffre a été établi sur la base de données fournies par le site d’information spécialisé OVD-Info, par le Syndicat des journalistes et travailleurs des médias russes (JMWU) et sur la base d’informations recueillies directement par RSF.


“La police a délibérément ciblé certains médias, allant jusqu’à tenter de s’introduire dans un appartement privé et couper la retransmission d’images des rassemblements, dénonce la responsable du bureau Europe de l’est et Asie centrale de RSF, Jeanne Cavelier. Signe de cette répression totalement disproportionnée : même des reporters clairement identifiés, portant des gilets ou des brassards “presse” ont été détenus pendant plusieurs heures. L’objectif était manifestement de les empêcher de montrer le mouvement de soutien en faveur d’un opposant au régime. RSF appelle les autorités russes à cesser ces entraves flagrantes au droit d’informer et demande à la représentante de l’OSCE pour la liberté des médias Teresa Ribeiro de dénoncer ces violences et arrestations arbitraires, ainsi qu’à l’Union européenne d’adopter de nouvelles sanctions contre les responsables de ces abus.”


Des entraves multiples au droit d’informer


Rompue aux retransmissions de manifestations, la chaîne indépendante Dojd a été censurée en direct : la police a coupé l'électricité de l’appartement depuis lequel une équipe émettait à Moscou, avant d’arrêter le journaliste Aleksei Korostelev ainsi que le caméraman Serguei Novikov, sous prétexte de vérifier leur identité. Un autre collaborateur de la chaîne, Edouard Birmistrov a été interpellé à Saint-Pétersbourg, alors qu’il portait un gilet jaune et sa carte de presse autour du cou.


Tout au long de la journée, des cas d’entraves délibérées de journalistes par la police ont été enregistrés, à l’image de l’arrestation filmée du correspondant de l'agence photo Tardigrada à Saint-Pétersbourg Ivan Petrov ou du tabassage à coups de matraque de la correspondante de The Insider Vera Ryabitskaïa, avant d’être traînée par les cheveux dans un fourgon.


A Moscou, Elizaveta Kirpanova a également reçu des coups de matraque pendant plusieurs minutes par des policiers anti-émeute, notamment un à la tête. La journaliste du trihebdomadaire indépendant Novaïa Gazeta était clairement identifiable, avec un gilet “presse” et un badge. Sa collègue photoreporter, Viktoria Odissonova, a eu son objectif brisé par une matraque.


Ekaterina Grobman, du site d’information indépendant VTimes, récemment fondé par d’ex-journalistes du quotidien Vedomosti, a elle aussi été frappée durant son interpellation malgré son badge “presse”. Deux journalistes de Meduza, site d’information de référence basé à Riga, ont été agressés par des policiers : Kristina Safonova, battue alors qu’elle filmait un rassemblement, et Evguenyi Feldman, violemment agrippé au cou. Reporter pour le média en ligne AvtokazLive, Nikita Stoupine a, lui, été touché par un taser. 


La police avait déjà tenté d’intimider des journalistes et des médias en amont de ces violences et interpellations le jour des manifestations. L’équipe d’Alexeï Navalny, opposant arrêté à son arrivée sur le sol russe le 17 janvier après plusieurs mois de convalescence en Allemagne suite à une tentative d’empoisonnement, a appelé à de nouveaux rassemblements le 31 janvier.


La Russie occupe la 149e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse, publié par RSF.