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2 décembre 2020 - Mis à jour le 3 décembre 2020

Russie : la répression des journalistes s’intensifie à Khabarovsk, dans l’est du pays

Crédit : ALEKSANDR YANYSHEV / AFP

Mise à jour : Tatiana Khlyestounova a été condamnée à 10 jours d’emprisonnement suite à son procès le 3 décembre.



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A Khabarovsk, les autorités redoublent de violence contre les journalistes qui couvrent les mouvements de protestation contre l’arrestation du gouverneur local. Reporters sans frontières (RSF) condamne cette vague de répression et appelle à des enquêtes indépendantes sur ces exactions. 


Près de cinq mois après le début des manifestations à Khabarovsk, dans l’extrême-orient russe,  réclamant la libération de l’ex-gouverneur de la région Sergueï Fourgal, les médias indépendants et d’opposition sont devenus une cible privilégiée des autorités. Arrêtée le 2 décembre dès sa sortie de prison, où elle purgeait une peine de quatre jours pour participation à un rassemblement illégal, la correspondante du journal régional de Belogorsk Prosto Gazeta Tatiana Khlyestounova sera de nouveau jugée demain.


Des “carrousels” d'arrestations


Arrêté également alors qu’il couvrait une manifestation, le journaliste de l’agence de presse Newsader Andreï Solomakhin est aussi victime de cet acharnement. Étranglé avec une matraque, paralysé à l’aide d’un taser, privé d’eau et de nourriture pendant 24 heures avant un procès qui a duré 11 heures, il a été condamné à une amende de 10 000 roubles (environ 110 euros) le 6 novembre, puis à six jours de prison le 9 novembre, et enfin à sept autres jours au cours de sa détention, malgré un passage à l’hôpital pour une commotion cérébrale et de multiples blessures. 


Au moins trois autres journalistes ont vécu ce “carrousel” d’arrestations : arrêtés alors qu’ils couvraient une manifestation le 12 novembre et condamnés à une peine de prison pour participation à un rassemblement illégal, le journaliste du média en ligne Sotavision Dmitri Khetagourov, le correspondant de l’hebdomadaire spécialisé sur les droits de l’homme Arsenievskiye Vesti Boris Jirnov et la  journaliste des sites d’information RusNews et Activatica Ekaterina Biyak ont de nouveau été arrêtés pour le même motif dès leur sortie de prison. Les deux derniers ont également écopé d’une amende de 10 000 roubles. 


Les journalistes surveillés par les autorités


Des reporters ont été arbitrairement arrêtés alors qu’ils se trouvaient dans la rue, comme Dmitri Timochenko, qui travaille pour RusNews et Newsader, déjà condamné à trois peines de prison, et son collègue Alekseï Filimonov, forcé de laisser ses empreintes digitales au poste de police et condamné à deux fortes amendes. Le journaliste Sergueï Plotnikov, de RusNews, a quant à lui été enlevé, torturé et menacé de mort par des individus portant des cagoules vertes similaires à celles des services spéciaux, le 15 octobre, après avoir couvert un rassemblement. Depuis, il affirme être suivi en permanence par deux agents  du Centre de lutte contre l'extrémisme de Khabarovsk, un organe du ministère de l’Intérieur, même lors de ses déplacements à Moscou et Saint-Pétersbourg. Arrêtée et condamnée à une amende, la reporter de Sotavision Ekaterina Ishchenko est, elle, harcelée sur les réseaux sociaux.


“Cette vague de répression contre la presse locale, qui semble coordonnée, doit absolument cesser, affirme la responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale, Jeanne Cavelier. RSF appelle le gouverneur par intérim de Khabarovsk Mikhaïl Degtiarev à libérer Tatiana Khlyestounova et à respecter les engagements internationaux de la Russie en matière de liberté de la presse. Nous demandons également aux autorités fédérales d’ouvrir une enquête indépendante sur les arrestations arbitraires des journalistes ainsi que sur les violences endurées par Sergueï Plotnikov.” 


Alors que Sergueï Fourgal avait été élu comme gouverneur avec 70 % des voix, la nomination arbitraire par le Kremlin de Mikhaïl Degtiarev et les arrestations systématiques des journalistes dans la région rappellent la répression des médias au Bélarus. D’ailleurs, des élans de solidarité réciproques sont observés lors des rassemblements. 


La Russie occupe la 149e place au Classement mondial de la liberté de la presse 2020 de RSF.