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18 juillet 2019 - Mis à jour le 22 juillet 2019

Russie : acharnement contre un média d’opposition ingouche

Crédits : Vkontakte
Le site d’information ingouche Fortanga est bloqué en Russie depuis le 13 juillet. Deux journalistes de ce média ont été arrêtés et plusieurs d’entre eux font l’objet de menaces. Reporters sans frontières (RSF) dénonce cette censure et réclame la fin du harcèlement de la rédaction.

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Les lecteurs du média en ligne Fortanga, basé en Ingouchie, une république du Caucase russe voisine de la Tchétchénie, ont pu constater qu’ils n’y avaient plus accès depuis le 13 juillet. Le site est bloqué dans toute la Russie par Roskomnadzor, l’autorité fédérale de surveillance des communications et des médias. En Russie de nombreux sites sont ainsi rendus inaccessibles sans décision de justice.


Fortanga a été créé suite aux premières manifestations dénonçant la modification de la frontière entre la Tchétchénie et l’Ingouchie, en octobre dernier. L’accès à Internet a été coupé à plusieurs reprises en Ingouchie depuis le début du mouvement de contestation.

La veille du blocage de Fortanga, le 12 juillet, des agents du FSB (services secrets) ont également arrêté un ancien journaliste du média en question, Rachid Maïsigov. Des hommes masqués ont pénétré chez lui, l’ont menotté et ont perquisitionné son domicile. D’après sa mère, les agents ont trouvé un sac de poudre blanche mais aussi des tracts, qu’elle n’avait jamais vus dans la maison, appelant l’Ingouchie à s’unir à la Géorgie.

Accusé de haute trahison et de possession de drogues, Rachid Maïsigov vient d’être placé en détention provisoire pour deux mois. Il a déclaré à son avocat avoir été torturé, soumis à des décharges électriques et à des pressions psychologiques afin de l’obliger à reconnaître sa culpabilité. Le journaliste a cependant refusé de témoigner et a nié toute implication dans les deux affaires.

Ses collègues affirment que Rachid Maïsigov avait quitté la rédaction de Fortanga il y a un mois et demi, à la suite de menaces anonymes visant ses activités journalistiques. Isabella Evloeva et Zafira Saoutieva, également journalistes à Fortanga, affirment elles aussi avoir reçu des menaces. Cette dernière, arrêtée le 14 juillet et accusée de violences contre les forces de l’ordre lors de manifestations, vient d’être placée en détention provisoire pour deux mois.

“Le blocage de Fortanga, les accusations suspectes portées contre Rachid Maïsigov et les menaces subies par ses collègues indiquent un véritable acharnement contre les médias proches du mouvement de contestation en Ingouchie, dénonce Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF. Nous demandons aux autorités ingouches de mettre fin à cette censure et de remettre en liberté sans délai Rachid Maïsigov.”

Cette arrestation intervient un mois après celle du journaliste indépendant Abdoulmoumine Gadjiev au Daghestan, une autre république du Caucase russe. Accusé de financement de terrorisme, le journaliste est emprisonné sur la seule base d’un témoignage extorqué sous la torture.

La Russie occupe la 149e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2019, publié par RSF.