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10 avril 2020

RSF s’inquiète de l’entrée de la Chine dans le groupe consultatif du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU

PGOTO: FABRICE COFFRINI / AFP
Reporters sans frontières (RSF) s’inquiète de la désignation d’un diplomate chinois pour représenter la région Asie-Pacifique au groupe consultatif du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, qui pourrait permettre à Pékin d’influencer la sélection d’experts susceptibles d’enquêter sur ses propres abus.

Ce n’est malheureusement pas un poisson d’avril ! Le diplomate chinois Jiang Duan a été désigné mercredi 1er avril pour représenter la région Asie-Pacifique au sein du groupe consultatif du Conseil des Droits de l’Homme (CDH), une instance de l'Organisation des nations unies (ONU) qui compte cinq membres et dont le rôle est d’évaluer les candidats aux postes de rapporteurs spéciaux, d’experts indépendants et de membres de groupes de travail chargés d’enquêter sur les violations des droits humains.


Reporters sans frontières (RSF), organisation dotée d'un statut consultatif auprès de l'ONU, s’inquiète du fait que le régime de Pékin, qui s’illustre par ses violations systématiques et à grande échelle de la liberté de l’information et exporte activement ses pratiques dans le monde, puisse se trouver en mesure d’influencer la sélection de ceux et celles qui enquêteront sur ses exactions.


« Le travail des enquêteurs des Nations Unies est essentiel pour que la communauté internationale puisse documenter et un jour punir les responsables de violations des droits humains, dont la liberté de la presse, rappelle Cédric Alviani, directeur du bureau Asie de l’Est de Reporters sans frontières (RSF). Les démocraties doivent s’unir pour dénoncer cette désignation ubuesque et faire preuve de la plus grande vigilance pour que le régime de Pékin ne puisse pas saper de l’intérieur le travail de défense des droits humains réalisé par les instances de l’ONU. »


Durant son mandat, qui doit durer un an, la Chine participera à l’évaluation des candidatures à 17 postes d’expert dont l’impartialité est primordiale, dont celui de Rapporteur spécial pour la liberté d’opinion et ceux de trois membres du Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire, une instance à laquelle RSF fait régulièrement appel pour faire reconnaître le caractère arbitraire des détentions de certains journalistes chinois.


En décembre, la délégation chinoise à l’ONU avait accusé la Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, d’« ingérence inappropriée » pour avoir appelé dans un billet d’opinion publié par le South China Morning Post à une enquête internationale indépendante sur les violences policières commises par la police lors des manifestations à Hong Kong l’an dernier et dont de nombreux journalistes avaient été la cible. En octobre, la Chine s’était déjà opposée à ce que les Nations Unies puissent librement enquêter au Xinjiang, où de nombreux journalistes sont détenus dont Ilham Tohti, lauréat du Prix Sakharov pour la liberté de l’esprit et du Prix des droits de l'homme Václav Havel.


La Chine est la plus grande prison au monde pour les journalistes avec au moins 108 détenus et se situe au 177e rang sur 180 dans le Classement mondial RSF de la liberté de la presse 2019.