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9 décembre 2017 - Mis à jour le 11 décembre 2017

RSF rejette le modèle d’un internet surveillé que veut généraliser la Chine

PHOTO AFP
Lors du 4e sommet de Wuzhen, en présence des patrons d’Apple et Google, le pouvoir chinois a, comme chaque année, utilisé la notion de souveraineté des États comme prétexte pour exporter son modèle de surveillance d’internet. RSF appelle la communauté internationale et les géants du web à ne pas céder aux pressions. ​

“La Chine souhaite travailler avec la communauté internationale pour respecter la souveraineté sur l’internet et promouvoir les partenariats”, tel était le message du pouvoir chinois à l’ouverture de sa 4e “Conférence mondiale de l’internet” organisée à Wuzhen (Zhejiang) en présence des patrons d’Apple et de Google. En clair, Pékin appelle les gouvernements du monde entier à suivre son exemple et à imposer, dans leurs pays respectifs, un internet strictement contrôlé et surveillé.


RSF enjoint la communauté internationale et les géants du web à ne faire aucun compromis face aux demandes répétées de la Chine de verrouiller un espace conçu comme étant libre et sans frontières. “Sous prétexte de souveraineté, Pékin vise en fait à légitimer le contrôle et la surveillance de ses citoyens, alors qu’internet était jusque là un moyen d’échapper à la censure, met en garde Cédric Alviani, directeur du bureau Asie de l’Est de RSF. Si cette vision de l’internet était adoptée par une majorité d’États, cela signifierait tout simplement la fin de la libre circulation de l’information dans le monde.”


Le sommet de Wuzhen, officiellement appelé World Internet Conference (WIC), est un événement annuel créé de toutes pièces par Pékin dans le but d’exporter son modèle de censure et, accessoirement, rappeler aux géants du web qu’en Chine, c’est le Parti et non le marché qui fait la loi. Alors que Tim Cook et Sundar Pinchai, les PDG d’Apple et de Google, avaient fait le déplacement, le président Xi Jinping a marqué sa supériorité en se contentant de transmettre un message lu par Huang Kunming, chef de la propagande du parti communiste chinois.


Un modèle répressif et protectionniste


La Chine est le premier utilisateur d’Internet avec quelque 751 millions d’internautes, soit un sur cinq dans le monde. Selon un rapport publié en marge de la conférence, le numérique représenterait un tiers de l'économie chinoise, la proportion la plus élevée dans le monde après les États-Unis. Grâce à un modèle protectionniste et strictement encadré, la Chine a donné naissance à des firmes très puissantes sur son marché intérieur telles que Baidu, Tecent, Alibaba ou le constructeur de smartphones Xiaomi.


Google et Facebook, interdits en Chine, courtisent activement le régime en espérant être un jour autorisés à accéder à son fabuleux marché. L’été dernier, Apple avait fait scandale en purgeant sa boutique chinoise d'applications de communication sécurisée, qui sont nécessaires aux journalistes pour protéger leurs sources, et retiré les VPN, des logiciels permettant de contourner la “grande muraille numérique”. RSF avait dénoncé ces cadeaux faits au pouvoir chinois, tout comme le rapporteur spécial pour la promotion et la protection de la liberté d’expression et d’opinion David Kaye.


Depuis son accession au sommet de l’État, le président Xi Jinping s’est révélé être un ennemi acharné de la liberté d’information, parachevant un système sophistiqué de surveillance de l’internet qui emploie plus de deux millions de personnes. La Chine est la plus grande prison au monde pour les journalistes et les militants des droits civils et occupe le bas du classement RSF de la liberté de la presse (176e sur 180 pays).