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11 mars 2020 - Mis à jour le 18 mars 2020

RSF inaugure « La Bibliothèque libre » - un centre numérique de la liberté de la presse au sein d’un jeu vidéo

Reporters sans frontières (RSF) crée une faille pour vaincre la censure en construisant un refuge pour la liberté de la presse. Où ? À l’intérieur de l’un des jeux vidéo les plus populaires du monde, Minecraft.

Nombreux sont les pays où il est difficile d’accéder à une information libre. Les blogs, les journaux et les sites internet y sont censurés. Des journalistes y sont arrêtés et voient leur vie menacée.

En raison de cette censure, beaucoup de jeunes grandissent dans des environnements où ils n’ont quasiment aucun accès à une presse indépendante. Sous l’impact des campagnes de désinformation de leur gouvernement, leurs opinions finissent par être complètement manipulées.

 

Mais même si ces jeunes sont bien différents de ceux que nous connaissons, ils font ce que font tous les jeunes du monde : ils jouent aux jeux vidéo. Et notamment à Minecraft, l’un des plus populaires, qui compte plus de 145 millions de joueurs actifs chaque mois. Dans Minecraft, des communautés peuvent construire leurs propres mondes à partir de blocs et faire l’expérience de la liberté d’un environnement ouvert. Son mode créatif est souvent décrit comme un « Lego numérique ». Or dans ces pays où les sites internet, les blogs et la presse libre sont strictement limités, Minecraft est encore accessible à tous.

 

Minecraft offre une liberté sans limites, même dans les pays où la liberté de la presse n’existe pas.

 

Reporters sans frontières (RSF) a utilisé cette porte dérobée pour créer « la Bibliothèque libre » : une bibliothèque dès à présent accessible sur un serveur ouvert à tous les joueurs de Minecraft, où qu’ils soient sur la planète. Cette bibliothèque est remplie de livres renfermant des articles censurés dans leur pays d’origine. Ils sont aujourd’hui à nouveau disponibles, là où la technologie de surveillance des gouvernements ne peut les atteindre : à l’intérieur d’un jeu vidéo. Sur le serveur, ces livres peuvent être lus par tous, mais leur contenu ne peut pas être téléchargé. Et cette bibliothèque s’agrandit, avec toujours plus de livres pour vaincre la censure.

 

« Nous devons défendre la liberté de la presse chaque jour. »Hatice Cengiz, fiancée de Jamal Khashoggi.

« Dans beaucoup de pays, il n’y a pas de libre accès à l’information. Les sites internet sont bloqués, les journaux indépendants interdits et la presse est contrôlée par l’État. Les jeunes grandissent sans possibilité de se forger leur propre opinion. À travers Minecraft, le jeu vidéo le plus populaire du monde, nous leur donnons accès à une information indépendante. » Christian Mihr, directeur de Reporters sans frontières Allemagne.


Le 12 mars – date de la Journée mondiale contre la censure sur internet – la Bibliothèque libre ouvrira ses portes et offrira aux jeunes du monde entier l’accès à une information indépendante à travers un environnement interactif ludique. La campagne est signalée par le hashtag #TruthFindsAWay

 

Dans Minecraft, les articles censurés deviennent des livres libres

 

Alors qu’ils y ont été interdits, emprisonnés, exilés, voire tués, des journalistes de cinq pays ont aujourd’hui un lieu où faire à nouveau entendre leur voix. Republiés sous la forme de livres Minecraft en anglais et dans leur langue d’origine, leurs articles sont désormais disponibles dans les pays qui les ont censurés.

 

Pour réaliser ce projet, Reporters sans frontières Allemagne a collaboré avec l’agence de création allemande DDB, le studio de création BlockWorks et la société de production MediaMonks. Hatice Cengiz, la fiancée de Jamal Khashoggi, soutient la Bibliothèque libre aux côtés de journalistes internationalement reconnus comme Nguyen Van Dai et Yulia Berezovskaia.

 

Tester les limites de Minecraft

 

La Bibliothèque libre a été érigée en collaboration avec BlockWorks, un studio de création et de conseil de renommée internationale qui utilise Minecraft. La construction a duré trois mois et la bibliothèque est constituée de plus de 12,5 millions de blocs. Sa conception et sa création ont demandé plus de 250 heures de travail à 24 constructeurs de 16 pays. Le dôme principal du bâtiment atteint près de 300 mètres de largeur, ce qui en ferait le deuxième plus grand au monde.

 

« La Bibliothèque libre est une utilisation audacieuse de Minecraft. Ce lieu englobe vraiment tout ce qu’il y a de formidable dans ce jeu et dans la communauté qu’il a créée. » James Delaney, directeur de BlockWorks, architecte de la Bibliothèque libre.

 

La Bibliothèque libre a été construite dans un style architectural néoclassique. Inspiré des canons architecturaux de la Rome et de la Grèce antiques, le néoclassicisme est souvent utilisé pour les édifices publics comme les musées, les galeries et les bibliothèques. BlockWorks y a recouru pour concevoir un bâtiment représentant la liberté qu’offre la connaissance et le pouvoir de la vérité sur les autorités et les régimes gouvernementaux oppresseurs.

 

La Bibliothèque libre est accessible via Minecraft par l’adresse du serveur : visit.uncensoredlibrary.com

 

Le lancement du serveur est accompagné par le microsite uncensoredlibrary.com, qui comprend la vidéo de lancement, une visite immersive à 360° de la Bibliothèque montrant notamment les livres, un making-of et le plan complet du lieu. Celui-ci est téléchargeable, afin de pouvoir le partager et en prendre connaissance hors connexion.

 

Outre les articles interdits de journalistes, les visiteurs de la bibliothèque y trouveront le Classement mondial de la liberté de la presse de RSF et des rapports sur la situation de la liberté d’information dans 180 pays.

 

Une bibliothèque ouverte au sein d’un jeu mondial ouvert pour vaincre la censure

 

La Bibliothèque libre sensibilise le public sur l’importance de la liberté de la presse. Mais son objectif final est de donner les moyens à la génération suivante de revendiquer ses droits à l’information et de lui offrir un puissant outil pour combattre les oppresseurs : la connaissance.

 

« La seule véritable manière de combattre la censure est de partager et de diffuser ce qui a été censuré. » Yulia Bereovskaia, rédactrice en chef de grani.ru

 

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le microsite uncensoredlibrary.com

 

Merci d’utiliser ce lien pour partager notre vidéo de lancement :

https://youtu.be/EB17-pL52GY

 

#TruthFindsAWay

 


Pourquoi Reporters sans frontières utilise Minecraft pour toucher les jeunes

 

Minecraft est l’un des jeux vidéo les plus populaires au monde, avec plus de 145 millions de joueurs actifs chaque mois. Créé en 2009, il a rencontré un succès phénoménal qui, dix ans plus tard, ne fait que croître. Pratiqué aux quatre coins du globe, il attire des jeunes de tous âges et des deux sexes.

 

« Nous devons toucher la génération suivante afin de changer l’avenir ! »

Nguyen Van Dai, activiste de la démocratie et blogueur.

 

Minecraft est un monde ouvert, où les joueurs ont la possibilité d’explorer un univers délibérément carré et pixélisé. Ils peuvent découvrir et extraire des matières premières, fabriquer des outils, construire des bâtiments et coopérer avec d’autres joueurs. Le mode créatif du jeu, souvent décrit comme un « Lego numérique », est utilisé dans des contextes éducatifs. Créer et rassembler des objets tels que des livres fait aussi partie du jeu. Les livres Minecraft font 100 pages et on peut y écrire en toute liberté. D’autres joueurs ont le droit de les lire, mais pas celui d’en changer le contenu sur le serveur.

 

Des articles censurés de différents journalistes et de cinq pays sont republiés dans les livres Minecraft

 

  • Égypte Classement mondial de la liberté de la presse RSF : 163e sur 180 pays

 

L’Égypte constitue l’une des plus grandes prisons du monde pour les journalistes. La plupart des médias sont aujourd’hui directement ou indirectement contrôlés par l’État. Plus de 500 sites web sont bloqués, et les personnes arrêtées à cause de leur activité sur les réseaux sociaux sont toujours plus nombreuses. Dans la Bibliothèque libre, les visiteurs peuvent lire des articles de Mada Masr. Depuis 2013, ce portail d’information a rendu compte d’affaires de corruption et de questions de sécurité sous un angle souvent critique pour le gouvernement. Mada Masr est le dernier site professionnel d’information qui travaille de manière indépendante et l’une des sources les plus importantes d’un journalisme de qualité en Égypte. Depuis mai 2017, l’accès au site internet y est bloqué.

 

  • Mexique Classement mondial de la liberté de la presse RSF : 144e sur 180 pays.

 

Bien qu’en paix, le Mexique est l’un des pays les plus meurtriers pour les journalistes – dans ce domaine, il se place même devant la Syrie. La collusion entre les autorités et le crime organisé fait peser une lourde menace sur les journalistes en termes de sécurité et handicape le système judiciaire à tous les niveaux. Les journalistes qui enquêtent sur des affaires politiques sensibles ou le crime organisé reçoivent des avertissements, subissent des menaces et sont souvent abattus de sang froid. D’autres sont enlevés et ne réapparaissent jamais. Dans la Bibliothèque libre, les visiteurs peuvent lire des articles de Javier Valdez. Il était journaliste et le fondateur de Riodoce, un hebdomadaire consacré au crime et à la corruption dans l’État du Sinaloa, l’un des plus violents du pays. Il a également signé plusieurs ouvrages sur le trafic de drogue. Javier Valdez a été tué par balles le 23 mai 2017. Il avait 50 ans.

 

  • Russie Classement mondial de la liberté de la presse RSF : 149e sur 180

 

Depuis les grandes manifestations de 2011-2012, le gouvernement russe a resserré son étau autour des journalistes émettant des critiques. Chaque année, des douzaines de personnes sont détenues pour leur activité en ligne. Un « like » suffit à être jeté en prison. L’État a mis sur pied une infrastructure servant une surveillance systématique de masse et tente d’empêcher les communications anonymes ou cryptées. Avec la loi sur la souveraineté de l’internet, le gouvernement cherche à prendre le contrôle de la Toile et, si nécessaire, d’être en mesure de couper l’internet russe du réseau mondial.

Yulia Bereszovskaia est la rédactrice en chef de l’un des nombreux sites russes bloqués. Elle collabore avec la Bibliothèque libre pour republier des articles de grani.ru, une source d’information pour les activités de protestation, les procès politiques et l’activisme de la société civile. Le 13 mars 2014, grani.ru a été bloqué par le gouvernement russe.

 

  • Arabie saoudite Classement mondial de la liberté de la presse RSF : 172e sur 180 pays

 

L’Arabie saoudite interdit tout média indépendant. En dépit de son discours de réforme, Mohammed ben Salmane a intensifié la répression depuis qu’il a été nommé prince héritier en juin 2017. Le nombre de journalistes et de citoyens-journalistes en détention a triplé depuis début 2017. Tout le monde se censure, et les journalistes sont sous l’étroite surveillance des autorités – ainsi que l’a montré le cas de Jamal Khashoggi. Jamal Khashoggi était un journaliste saoudien, et ses articles peuvent aujourd’hui être lus dans la Bibliothèque libre. Khashoggi a fui l’Arabie saoudite en septembre 2017 et s’est auto-exilé. Aux États-Unis, il travaillait comme chroniqueur au Washington Post et critiquait de manière virulente certaines politiques menées par le prince héritier. Le 2 octobre 2018, Khashoggi a été tué et démembré à l’intérieur du consulat saoudien d’Istanbul, en Turquie.

 

  • Vietnam Classement mondial de la liberté de la presse RSF : 176e sur 180 pays

 

Du fait que les médias vietnamiens s’alignent sur le parti communiste, les seules sources d’information indépendante sont les blogueurs et les citoyens-journalistes. Le climat de terreur s’est considérablement accentué ces trois dernières années, durant lesquelles nombre de citoyens-journalistes ont été emprisonnés ou expulsés. En décembre 2017, l’armée a dévoilé l’existence d’un département de cyberguerre fort de 10 000 militaires, dont la mission est de défendre le parti et de cibler les blogueurs dissidents.

Dans la Bibliothèque libre, les visiteurs peuvent lire des articles du Vietnamien Nguyen Van Dai, avocat des droits de l’homme, activiste de la démocratie et blogueur. En 2006, il a fondé le Comité pour les droits de l’homme au Vietnam afin de lutter pour l’émancipation de la société civile par des moyens légaux. En avril 2018, Nguyen Van Dai a été condamné à 15 ans de prison et à 5 ans de résidence surveillée. Relâché, il s’est exilé en Allemagne. Son blog est bloqué au Vietnam.

 


Reporters sans frontières

Pour la liberté d’information

 

Reporters sans frontières (RSF) est la plus importante ONG mondiale dont l’activité se consacre à la défense de la liberté des médias. Pour cette organisation, le droit d’être informé et d’informer constitue un droit humain fondamental.

Au cours de la seule année 2019, 39 journalistes et 10 citoyens-journalistes ont été tués. Actuellement, il y a 228 journalistes et 120 citoyens-journalistes en prison. Ces chiffres sont préoccupants. Au tournant du XXIe siècle, près de la moitié de la population mondiale n’a toujours pas accès à une information libre. Privée de connaissances essentielles et manipulée par la désinformation, elle est empêchée de vivre dans un système politique où la vérité factuelle sert de base à ses choix de vie.

Partout où un gouvernement exerce une censure des médias et mène des campagnes de désinformation, RSF se bat pour la liberté d’information et pour la vérité.