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11 janvier 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

RSF détient les preuves de l’innocence de Paulus Le Son


Reporter sans frontières s’indigne du verdict infondé rendu le 9 janvier 2013 par la Cour de Vinh, dans la province de Nghe An (Nord), à l’encontre de huit blogueurs et cyber-dissidents. Visant quatorze militants catholiques au total, les peines prononcées s’échelonnent de trois à treize ans d’emprisonnement. L’organisation est à même de prouver l'innocence du blogueur Paulus Le Son, accusé d’avoir participé à des activités du parti d’opposition Viet Tan en 2011, à Bangkok.

“Nous avons la preuve que les autorités vietnamiennes utilisent des prétextes fallacieux pour condamner les blogueurs critiques à son encontre. Paulus Le Son n’a jamais participé à un événement du Viet Tan entre le 25 et le 30 juillet 2011 pour la simple et bonne raison qu’il participait à une formation organisée par Reporters sans frontières, à Bangkok. Cette formation, à l’intention de blogueurs en provenance de différents pays d’Asie du Sud-Est, portait sur la gestion des réseaux sociaux et l’e-reputation. Cette condamnation n’illustre rien d’autre que la paranoïa des autorités qui, non seulement surveillent les moindres déplacements de ses citoyens mais sont aussi mal informées par leurs services de renseignement”, a déclaré Reporters sans frontières.

“Les sept autres blogueurs ont été condamnés pour des motifs tout aussi mensongers : aucun d’entre eux n’a œuvré au renversement du régime. En réalité, ils font les frais d’une traque acharnée menée par le pouvoir pour contraindre les voix dissidentes au silence, qui touche particulièrement les blogueurs, et en particulier les réseaux catholiques”, a déclaré Reporters sans frontières.”

“Nous contestons fermement les condamnations de Paulus Le Son et des sept autres blogueurs, et exigeons leur remise en liberté immédiate”, a ajouté l’organisation.

Paulus Le Son participant à un training organisé par Reporters sans frontières, Bangkok, juillet 2011.

Le verdict a été prononcé par le juge Tran Ngoc Son après deux jours de procès.

Quatorze militants - initialement dix-sept, trois d’entre eux ayant déjà été condamnés en mai 2012 pour “propagande contre l’Etat” -, ont été accusés par le procureurs d’entretenir des liens professionnels avec le Viet Tan, un groupe exilé aux Etats-Unis, considéré comme une organisation terroriste par le gouvernement. Trois d’entre eux comparaissaient en vertu de la clause 1 de l’article 79, pour “organisation d’une tentative de renversement du gouvernement”, dont les peines vont de 12 ans de prison à la peine de mort. Les onze autres étaient accusés en vertu de la clause 2 de l’article 79 de “participation à une tentative de renversement du gouvernement”, dont les peines vont de 8 à 15 ans de prison.

Paulus Le Son (Le Van Son) faisait partie des trois personnes accusées selon la clause 1 de l’article 79. Selon l’acte d’accusation, il est le seul à ne pas avoir reconnu “ses fautes”.

Le Parquet, qui a prononcé une partie des réquisitoires, a réclamé une peine de 15 à 16 ans de prison à son encontre et de 14 à 15 ans et 12 à 13 ans contre Dang Xuan Dieu et Ho Duc Hoa, les deux autres blogueurs tombant sous le même chef d’accusation. Tous trois ont finalement été condamnés à 13 ans d’emprisonnement suivis de 5 années de résidence surveillée.

Les peines des cinq autre blogueurs (Nguyen Van Oai, Nguyen Van Duyet, Nong Hung Anh, Thai Van Dung, Tran Minh Nhat) vont de 3 à 8 années de prison, assorties de 2 à 5 ans de résidence surveillée, exception faite du blogueur Nguyen Dang Vinh Phuc, condamné à une peine de sursis.

Ce procès s’est tenu dans une atmosphère particulièrement tendue. Quelques membres des familles des accusés, présents au début du procès, ont été sortis de force après qu’ils eurent crié que leurs proches étaient innocents. A l’extérieur, plusieurs centaines de policiers ont empêché les amis des accusés de converger vers le tribunal.

Les voitures transportant les blogueurs avaient été bloquées par la police dès l’entrée de la ville de Vinh. Ces derniers avaient dû continuer à pied pour rallier le tribunal. Des bousculades ont eu lieu. Selon des témoins, certaines femmes, parmi lesquelles Nguyen Thi Hoa, la mère de l’accusé Nguyen Dinh Cuong, ont été frappées par la police. Vers 10 heures, Madame Hoa a dû être transportée inconsciente à l’hôpital.

Vers 15 heures, les blogueurs Nguoi Buon Gio (de son vrai nom Bui Thanh Hieu), Nguyen Lan Thang et Truong Van Dung, venus couvrir le procès, ont été interpellés par la police et emmenés au commissariat. Bui Thanh Hieu aurait passé trois jours en garde à vue. Ces arrestations de blogueurs effectuées en marge de procès se font de plus en plus fréquentes.

Il s’agit du deuxième procès en moins de quinze jours condamnant des net-citoyens au Vietnam.

Le Vietnam fait partie de la liste des “Ennemis d’Internet” établie par Reporters sans frontières. C’est également la troisième prison du monde pour les blogueurs et cyber-dissidents, après la Chine et l’Iran.

Photo du logo : TuoiTreOnline