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12 septembre 2019 - Mis à jour le 13 septembre 2019

RSF dénonce l’incohérence des accusations contre un journaliste au Daghestan

Crédit : Tchernovik
La justice prolonge de deux mois la détention provisoire du journaliste daghestanais Abdoulmoumine Gadjiev malgré une accusation sans fondement. Reporters sans frontières (RSF) dénonce la faiblesse des charges retenues contre le journaliste et demande sa libération.

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Le tribunal de Makhatchkala, capitale régionale de la république autonome du Daghestan, dans le Caucase russe, a rendu sa décision ce mardi 10 septembre : le journaliste Abdoulmoumine Gadjiev passera deux mois supplémentaires derrière les barreaux. Arrêté le 14 juin 2019 pour financement du terrorisme, le responsable de la rubrique “religion” de l’hebdomadaire Tchernovik, a vu sa détention provisoire prolongée jusqu’au 13 novembre prochain, à la demande de l’enquêteur qui a fait valoir la nécessité de continuer à se familiariser avec l’affaire, en interrogeant d’autres témoins et en étudiant l’activité du journaliste sur les réseaux sociaux.

Le journaliste a d’abord été accusé d’avoir organisé à partir de 2011 une collecte de fonds pour l’organisation État islamique (ISIS) sur Vkontakte, la version russe de Facebook, mais aussi d’avoir versé de l’argent à des “fondations caritatives” dont certaines ont été ensuite qualifiées d’organisations terroristes. Les charges retenues contre Abdoulmoumine Gadjiev ont ensuite été modifiées. On lui reproche désormais d’avoir publié en 2013 l’interview d’un certain Abou Umar Sasitlinsky, possédant à l'époque la fondation caritative “Ansar”, interdite fin 2014. Cette requalification des charges témoigne du peu d'éléments du dossier, d’autant que l’accusation repose essentiellement sur la déposition extorquée sous la torture de Kamel Tambiev, le seul témoin de l’affaire. Le journaliste encourt la prison à vie.

“Nous dénonçons fermement l’incohérence et le manque de fondement des accusations portées contre Abdoulmoumine Gadjiev, déclare le bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF. La prolongation de sa détention provisoire, malgré l’absence criante de charges contre lui, témoigne d’une volonté de le laisser à tout prix derrière les barreaux et de créer un climat d’insécurité pour toute la profession.”

Depuis son arrestation, Abdoulmoumine Gadjiev nie l’ensemble des faits et dénonce une affaire montée de toutes pièces. La défense s’est régulièrement plainte de la restriction des visites au journaliste, y compris celles de ses avocats, et a demandé, sans succès, son transfert en résidence surveillée. Ses collègues et ses lecteurs ont tenté d’organiser des piquets de grèves pour exiger sa libération mais ils sont sans cesse confrontés aux multiples refus du ministère russe de la Justice, qui s’élèvent à plus de deux cent à ce jour.

   

Une conférence de presse réunissant des défenseurs des droits de l’homme, des avocats et des collègues du journaliste s’est tenue à Moscou le 28 août dernier. Ceux-ci ont fait part de leur inquiétude et estiment que la persécution d’Abdoulmoumine Gadjiev contribue à créer un climat dangereux pour l’ensemble de la profession. Memorial, une ONG russe de défense des droits humains, a ajouté le journaliste à sa liste de prisonniers politiques.

Tout laisse à penser que les accusations à l’encontre du journaliste sont un moyen de faire pression sur le journal Tchernovik, l’un des titres indépendants les plus populaires au Daghestan et coutumier des pressions. Pendant trois ans, l’hebdomadaire avait été accusé de collusion avec le terrorisme, avant que toutes les charges soient finalement abandonnées en 2011. Son fondateur, Khadjimourad Kamalov, avait été assassiné quelques mois plus tard.

La Russie occupe la 149e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2019, publié par RSF.