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11 janvier 2016 - Mis à jour le 8 mars 2016

RSF demande à l’Indonésie la levée d’interdiction d’entrée sur le territoire du journaliste Cyril Payen


Reporters sans frontières (RSF) dénonce l’interdiction d’entrée sur le territoire indonésien prononcée à l’encontre du journaliste français Cyril Payen après la diffusion par France 24 de son reportage en Papouasie occidentale. L’organisation rappelle l’engagement du président Joko Widodo à permettre l’accès dans la région aux journalistes étrangers.
Grand reporter et spécialiste de l’Asie du sud est, Cyril Payen, s’est vu signifier son interdiction d’entrée en Indonésie début janvier 2016. Le journaliste s’était rendu en Papouasie après avoir obtenu toutes les autorisations nécessaires. Après la diffusion le 18 octobre dernier du reportage intitulé “La guerre oubliée des Papous”, l’ambassadeur de France a été convoquée par Jakarta. En novembre, les autorités indonésiennes en Thaïlande ont informé le journaliste qu’il serait désormais Persona non grata en Indonésie. Une interdiction qui s’est matérialisée par un refus de visa, alors que le reporter souhaitait tourner un nouveau document. “Nous condamnons fermement cette violation flagrante de la liberté de la presse et la discrimination à l’encontre d’un journaliste indépendant qui n’a commis aucun délit, déclare Benjamin Ismaïl, responsable du bureau Asie-Pacifique de Reporters sans frontières. Le président Joko Widodo prouve ainsi que ses promesses électorales d’ouverture de la province de Papouasie aux journalistes étrangers n'étaient qu’un leurre. Nous demandons au président indonésien de respecter ses engagements et de permettre aux journalistes étrangers d’effectuer leur travail sans avoir à redouter la surveillance, la censure ou les représailles des autorités.” La Papouasie, province annexée de force il y a 50 ans par l'armée indonésienne, a longtemps été fermé à la presse et aux ONG étrangères. Jusqu’en 2015, les journalistes devaient obtenir une autorisation spéciale pour s’y rendre. En août 2014, deux journalistes français, Thomas Dandois et Valentine Bourrat, y avaient été arrêtés par les forces de sécurité locales au cours d’un reportage. Détenus pendant plus de deux mois, ils avaient été condamnés, le 24 octobre 2014 à deux mois et demi d’emprisonnement pour violation de la loi sur l’immigration. En vertu de cette loi draconienne, dénoncée à multiples reprises par Reporters sans frontières, deux journalistes britanniques, Rebecca Prosser et Neil Bonner, ont également été reconnus coupables le 3 novembre 2015 de “violation de leur permis de séjour” et condamné à deux mois et demi de prison. Au jour de leur condamnation, ils avaient déjà passé plus de 150 jours en détention policière. Munis seulement d’un visa tourisme, les deux journalistes avaient été arrêtés le 28 mai 2015 par la marine indonésienne, alors qu’ils filmaient la reconstitution d’une attaque de navire pétrolier par un groupe de pirates, pour un documentaire commandé par National Geographic. L’Indonésie occupe la 138e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 établi par Reporters sans frontières, après une chute de six places en 2014.