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29 juin 2016

RSF demande à la Suède d'ouvrir une enquête sur la détention du journaliste Dawit Isaak

Dawit Isaak
A la suite des recommandations formulées par la Commission d'enquête des Nations unies sur les droits de l'Homme en Erythrée, Reporters sans frontières (RSF) demande à nouveau à la justice suédoise d'ouvrir une enquête pour crimes contre l'humanité dans le cas du journaliste suédo-érythréen Dawit Isaak. Ce dernier est incarcéré en Erythrée depuis 15 ans.


Arrêté lors des rafles de journalistes de septembre 2001, Dawit Isaak n'a jamais été officiellement accusé de quoique ce soit ou jugé. Il n'a jamais été autorisé à vois ses avocats ou sa famille. Dans une interview récente donnée à Radio France International, le ministre des affaires étrangères érythréen a révélé que Dawit Isaak était toujours en vie. Il a ajouté qu'en tant que prisonnier politique, il ne serait pas jugé par les tribunaux érythréens mais que le gouvernement se chargerait de son cas. Cette déclaration ne fait qu'ajouter à la longue liste de violations dont le journaliste est victime.


Les avocats travaillant sur le cas de Dawit Isaak ont écrit aujourd'hui au Procureur général suédois pour lui demander de reconsidérer sa décision de ne pas ouvrir d'enquête contre le président Issayas Afeworki et d'autres dirigeants érythréens pour torture, disparitions forcées et d'autres crimes liés à ce cas.


A la suite d'une plainte déposée sur les mêmes motifs fin 2014, le procureur général avait conclu en mars 2015 qu'il était probable que des crimes contre l'humanité aient été commis contre Dawit Isaak, et que les échelons les plus hauts du gouvernement puissent être impliqués. Il concluait également qu'il existait suffisamment d'éléments pour ouvrir une enquête en Suède.


Malheureusement après avoir consulté le ministère suédois des affaires étrangères, il a décidé alors de ne pas ouvrir l'enquête car elle risquait de menacer les négociations entre le ministère et les autorités érythréennes pour obtenir la libération de Dawit Isaak.


Aujourd'hui, la situation est différente.


Le 21 juin, la Commission d'enquête des Nations unies sur les droits de l'Homme en Erythrée a recommandé que le Conseil de Sécurité des Nations unies réfère la situation érythréenne à la Cour pénale internationale. La commission a également demandé aux "Etats membres de mettre en œuvre leur obligation de poursuites ou d'extradition de tout individu soupçonné de crimes internationaux présents sur leur territoire".


Ceci signifie que la Suède doit maintenant assumer sa responsabilité. La recommandation de la Commission des Nations unies est un argument massue pour justifier l'ouverture d'une enquête.


"Il est très important que cette enquête soir officiellement ouverte, déclare RSF. Depuis le dépôt de la première plainte en 2014, deux officiels érythréens impliqués dans celle-ci, le conseiller présidentiel Yemane Gebreab et le ministre Sebhat Ephrem se sont rendus en Suède. Ils auraient pu être questionnés, ce qui aurait envoyé un message fort aux autorités érythréenne que l'impunité ne sera plus tolérée.


Depuis huit ans, l'Erythrée est le dernier pays sur 180 au Classement 2016 pour la liberté de la presse établi par RSF. Il n'existe pas de presse indépendante dans le pays. Tous les journalistes sont contraints de travailler pour le ministère de l'Information et de relayer la propagande gouvernementale.