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27 avril 2016 - Mis à jour le 11 août 2016

RSF demande à la justice péruvienne d’acquitter deux journalistes accusés de diffamation


(Mis à jour 11 août 2016) Reporters sans frontières se réjouit d'apprendre l'annulation de la sentence qui avait condamné en avril dernier le journaliste Fernando Valencia à une peine de 20 mois de prison avec sursis pour une affaire de diffamation impliquant l'ancien président du Pérou, Alan Garcia.


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(Publié le 27 avril 2016) Reporters sans frontières (RSF) dénonce les sanctions prévues dans deux cas de procès pour diffamation au Pérou, impliquant les journalistes Fernando Valencia et Rafo León, et appelle le pays à enfin dépénaliser les délits de presse.


Le 18 avril 2016, le journaliste Fernando Valencia Osorio a été condamné à 20 mois de prison avec sursis et à verser une compensation équivalente à 27 000 euros à l’ancien président du Pérou, Alan García. Cette condamnation fait suite à un reportage publié en 2014 dans le quotidien Diario16, dont Valencia était directeur. Le journal avait affiché en “Une” une déclaration de l’actuel président, Ollanta Humala, demandant des peines de prison pour les politiques corrompus. La déclaration était illustrée par une photo d’Alan García et, alors qu’Humala ne citait pas directement García, de nombreux médias locaux avaient interprété le commentaire comme une référence directe à l’ex-président.

A peine quelques semaines plus tard, le journaliste/présentateur TV Rafo León se trouvait à son tour dans le collimateur de la justice pour un autre cas de diffamation. Il est poursuivi par Martha Meier Miró Quesada, ancienne éditrice du journal El Comercio (un des quotidiens les plus diffusés du pays). Meier Miró Quesada assure s’être sentie insultée et humiliée par un article d’opinion publié en 2014 dans la revue Caretas, principal magazine d’informations du Pérou, dans lequel León critiquait ouvertement ses méthodes de travail ainsi qu’une de ses tribunes dans laquelle elle s’attaquait directement au maire de Lima de l’époque. Selon elle, cet article serait en partie responsable de sa démission du quotidien en février 2015. León pourrait être condamné à trois ans de prison et à verser une compensation financière de 1.7 millions d’euros. L’audience aura lieu le 3 mai.


"Reporters sans frontières exhorte la justice à lever l’ensemble des charges contre Fernando Valencia et Rafo León, et invite les autorités à dépénaliser les délits de presse, déclare Emmanuel Colombié, responsable du Bureau Amérique Latine de l’organisation. Le recours à la diffamation pénale dans ces deux affaires est totalement disproportionné et favorise l’instauration d’un climat d’autocensure dans le pays. C’est un signal très négatif pour la considération du travail des journalistes péruviens, et une véritable atteinte au principe fondamental de la liberté d’expression."


La poursuite de journalistes pour diffamation est une pratique répandue au Pérou. Lors des cinq dernières années, l’Association nationale des journalistes (ANP) affirme avoir enregistré plus d’une centaine de cas similaires à ceux de Fernando Valencia et Rafael León. Chaque fois, toujours selon l’Association, les peines de prison et les montant faramineux des dédommagements financiers prévus visent un même objectif: faire chuter certains médias et réduire les journalistes au silence.


Ces deux affaires ont suscité un vif débat au Pérou, où la campagne présidentielle bat son plein.


Le Pérou se situe à la 84ème position sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2016 établi par Reporters sans frontières.