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27 février 2020 - Mis à jour le 11 mars 2020

RSF demande au gouvernement espagnol d’abroger la « loi bâillon », d’achever la réforme de la radio-télévision publique et de ne pas entraver le travail des journalistes

Pedro Sánchez, Pablo Iglesias Turrión / DR
Alors que le nouveau gouvernement espagnol, formé par le premier ministre socialiste Pedro Sánchez et son allié le parti de gauche Podemos, met en oeuvre ses premières mesures, Reporters Sans Frontières (RSF) tient à rappeler qu’il doit s’attaquer d’urgence aux menaces pesant depuis des années sur la liberté de l’information en Espagne.

Les dispositions contraires au libre exercice du journalisme contenues dans la « loi bâillon » - ainsi surnommée à cause de sa sévérité - restent en vigueur, malgré les déclarations du gouvernement Sanchez en faveur de son abrogation. Depuis 2015, au nom de cette loi, des amendes d’un montant de près de quatre millions d’euros ont été infligées à des citoyens dont un certain nombre de journalistes et photographes, souvent parce qu’ils avaient pris ou diffusé des photos de policiers - un délit d’autant plus arbitraire qu’il est sanctionné directement par la police, sans intervention d’un juge. “RSF a condamné la « loi bâillon » dès son introduction au Parlement sous le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy, rappelle Alfonso Armada, président de RSF Espagne. Nous continuerons de dénoncer son caractère contraire à la liberté d’information, jusqu’à son abrogation. Nous demandons aussi au gouvernement de ne pas introduire d'articles similaires dans une nouvelle loi.”

 

De même, le projet de réforme de l’audiovisuel public Radiotelevisión Española (RTVE), reste bloqué dans une impasse parlementaire invraisemblable. Approuvée en 2017 par une coaltion des principaux partis de l'opposition, elle supprime le contrôle de l’exécutif sur l’élection du président et des organes de direction de la RTVE,  et instaure un système de nomination des responsables par « “concours public”. Or, malgré sa ratification, la loi est enlisée dans une série de conflits entre groupes parlementaires, portant sur l’organisation du concours public. Le destin de la RTVE reste donc dans les limbes.  “Il est impératif que la situation se débloque et que la RTVE soit enfin dotée d’organes de direction compétents et transparents, afin de faire face aux nombreux défis qui l’attendent, qu’elle n’est pas en mesure d’assumer à cause de cette situation anormale,” déclare Alfonso Armada, président de RSF Espagne.

 

Par ailleurs, RSF condamne les limitations imposées par le gouvernement de Pedro Sánchez à la couverture par les médias de ses discours et conférences de presse.  Ainsi, seuls les photographes ont pu assister à l’annonce de l’accord de gouvernement entre le PSOE et Podemos le 30 décembre dernier. L’événement a été interdit aux autres journalistes, confinés dans une salle annexe.

 

Ce type d’incident s’était déjà produit lors d’une conférence de presse du premier ministre en novembre au cours de laquelle les reporters n’avaient été autorisés à poser que deux questions. En réaction, un  journaliste, désigné par ses confrères pour parler en leur nom, avait protesté en direct contre cette limitation.

 

Malgré les  protestations répétées des associations professionnelles, Pedro Sánchez a de nouveau refusé de parler aux médias lors de la visite du président argentin Alberto Fernández le 4 février dernier. Une fois encore, seuls les photographes ont eu accès aux événements officiels : “Ce gouvernement, qui se dit très engagé dans la défense des libertés, doit donner l’exemple en respectant la liberté d’information, affirme  Alfonso Armada.  Ce mépris pour le travail des journalistes doit cesser. “

 

L’Espagne occupe actuellement la 29e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse de RSF.