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1 juin 2016

RSF condamne les propos du président philippin Duterte

Reporters sans frontières se dit indigné par les propos du président élu philippin Rodrigo Duterte, qui a estimé ce mardi 31 mai que les journalistes corrompus étaient des cibles légitimes d’assassinat. L’organisation appelle la presse philippine à boycotter les conférences de presse de la présidence jusqu’à ce que des excuses officielles et publiques soient données. L’organisation appelle également à des poursuites en justice à l’encontre du président.

Au cours d’une conférence de presse destinée à annoncer la formation de son cabinet, dans la ville de Davao (Sud), le président élu Duterte a affirmé que les journalistes corrompus méritaient de mourir. En réponse à une question sur les actions qu’il entreprendrait en matière de lutte contre l’impunité des crimes envers les médias – les Philippines figurent parmi les dix pays les plus meurtriers pour la presse dans le monde – le président récemment élu a déclaré « vous n’êtes pas exempt d’assassinat du seul fait d’être journaliste, si vous êtes un fils de pute ». Et d’ajouter : « la plupart de ceux qui ont été tués avaient fait quelque chose. Vous ne serez pas tué si vous ne faites rien de mal ». Le président a également souligné que la Constitution ne protégeait pas les auteurs de diffamation de “répercutions violentes”.


« Ces déclarations sont non seulement indignes d’un président de la république, mais pourraient aussi tomber sous le coup de la loi sur la diffamation, voire sur l’appel à la haine et à la violence, déclare Benjamin Ismaïl, responsable du bureau Asie-Pacifique de Reporters sans frontières.


Le président devrait cependant être satisfait de la présence de ces lois sans lesquelles il s’exposerait lui aussi à des ‘répercutions violentes’, selon ses propres propos. Nous encourageons les organisations représentantes de la presse à ne pas laisser passer ce genre de propos et à engager des actions en justice. Nous incitons également les médias à boycotter les conférences de presse du gouvernement tant que la communauté des médias n’aura pas obtenu des excuses publiques.»


Elu lors du scrutin présidentiel du 9 mai dernier avec une large majorité, l’ancien maire de Davao, Rodrigo Duterte, connu pour ses déclarations provocatrices, a également dirigé les “escouades de la mort”, des milices privées impliquées dans les exécutions de plus d’un millier de “criminels” présumés, entre 1998 et 2008.


Les Philippines figurent parmi les pays les plus meurtriers pour les journalistes. En 2015, sept journalistes ont été assassinés. En raison de l’impunité qui règne concernant les crimes contre les professionnels des médias, seuls trois ont pu être considérés comme étant bien en rapport avec les activités journalistiques de la victime.


Le pays, qui occupe la 138ème place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2016, a vu sa situation se dégrader en 2015.