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17 novembre 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

"Le climat d'impunité aux Philippines est intolérable"


A l’occasion de la visite officielle de Barack Obama aux Philippines pour le Forum de coopération économique pour l'Asie-Pacifique (APEC), Reporters sans frontières (RSF) adresse une lettre ouverte au président américain lui demandant de rappeler les Philippines à leur obligation de protéger les journalistes.
President Barack Obama
The White House
1600 Pennsylvania Ave, NW
Washington, DC 20500
Monsieur le Président, Alors que vous vous rendez aux Philippines les 18 et 19 novembre pour le sommet de l’APEC, Reporters sans frontières (RSF) souhaite vous faire part de ses inquiétudes concernant la sécurité des journalistes dans ce pays. En tant que partenaire économique important, les États-Unis peuvent et doivent appeler le gouvernement des Philippines à tenir ses promesses de protéger la liberté de la presse, pilier d’une démocratie dynamique, elle-même élément de base du développement durable. Le 2 novembre a marqué la journée mondiale des Nations unies pour mettre fin à l’impunité des crimes contre les journalistes. Avec sept journalistes tués cette année, dont trois pour lesquels la relation avec leur profession a pu être établie, les Philippines sont 141e sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse de 2015. RSF vous demande de rappeler vos homologues philippins à leurs obligations de protéger les journalistes contre les attaques violentes et les meurtres et de lutter contre l’impunité. Le 23 novembre marquera le sixième anniversaire du massacre de Maguindanao de 2009, au cours duquel 32 professionnels des médias ont été assassinés par une milice privée aux ordres de la famille d’un gouverneur local, sur l’île de Mindanao. Malgré les efforts visant à obtenir la justice pour les familles des victimes, le procès de ceux suspectés d’être responsables du massacre n’a entraîné aucune condamnation à ce jour. En 2015, trois journalistes ont été tués en l’espace de deux semaines. Le soir du 27 août 2015, le présentateur radio Cosme Diez Maestrado a été abattu par balles en pleine rue, près d’un centre commercial dans la ville d’Ozamiz, située à environ 780 kilomètres au sud de Manille. Ses assaillants se sont enfuis à moto. Grâce à des vidéos de surveillance, la police a pu identifier quatre suspects sur la scène du crime. Selon les enquêteurs, les assaillants étaient des tueurs à gage venus de Metro Manila. Les suspects n’ont pas encore été interpellés. Âgé de 46 ans, Cosme Maestrado travaillait pour la radio locale dxOC, dans la ville d’Ozamiz, dans le sud du pays. Surnommé “Mr. Ratsada” du nom de l’émission qu’il présentait, il était connu pour ses commentaires percutants et ses critiques cinglantes sur la corruption et les abus de certains responsables locaux. Une enquête a été ouverte par la police d’Ozamiz. Une semaine plus tôt, Teodoro “Tio Todoy” Escanilla, a été abattu de plusieurs balles sur le pas de sa porte le 19 août au soir. gé de 59 ans, ce journaliste et présentateur de l’émission de radio "Pamana ng Lahi" sur DZMS était également le porte-parole de Karapatan, une ONG de défense des droits de l’Homme dans la province de Sorsogon et le représentant local du parti Anakpawis (un parti populaire pour les droits des paysans). La veille, un autre journaliste était tué à Tagum City, dans la province de Davao del Norte. Gregorio “Loloy” Ybañez, 65 ans, président du Davao del Norte Press and Radio-TV Club (DNPRC) et éditeur de l’hebdomadaire Kabuhayan News Services, était abattu par balles alors qu’il rentrait chez lui. Les Philippines doivent agir afin d’assurer que ces meurtres ne restent pas impunis. Reporters sans frontières vous demande, Monsieur le Président, de rappeler à vos homologues que ce climat d’impunité est intolérable pour un allié et partenaire économique aussi important des États-Unis. Je vous remercie d’avance, Monsieur le Président, pour l’attention que vous accorderez à cette lettre.


Christophe Deloire
Secrétaire général de Reporters Sans Frontières