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31 octobre 2018

RSF condamne le meurtre du journaliste indien Chandan Tiwari, plusieurs fois menacé

Retrouvé mort, Chandan Tiwari (droite) était journaliste dans l’Etat du Jharkhand, voisin de celui du Chhattisgarh, où son confrère A. N. Sahu a été abattu mardi 30 octobre. Les deux régions sont des bastions traditionnels de la rébellion maoïste (photo : Archives - Ministère indien des Affaires internes - RSF).
Un journaliste de l’État du Jharkhand, dans l’Est de l’Inde, a été retrouvé battu à mort dans la nuit du lundi 29 au mardi 30 octobre, après avoir reçu plusieurs menaces de représailles. Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités à faire toute la lumière sur cette affaire.


Battu à mort… C’est le funeste sort qui a été réservé au journaliste de 32 ans Chandan Tiwari, enlevé lundi matin par des hommes à moto dans le district de Chatra, au Jharkhand (Inde de l’Est). Son corps a été retrouvé plusieurs heures plus tard dans la forêt de Baltharwa, à plus d’une centaine de kilomètres de son domicile.


Reporter pour le quotidien en hindi Aaj, Chandan Tiwari avait, ces six derniers mois, porté plainte à deux reprises pour menaces. Il y a deux mois, alors qu’il déposait plainte auprès de la police, il avait notamment expliqué craindre des représailles de la part de membres du Comité Tritiya Prastuti, une faction maoïste locale contre laquelle il aurait pris position, selon son père.


Dans l’autre plainte, déposée le 6 avril dernier, le journaliste se faisait plus clair sur la nature des menaces de mort qui le visaient. Suite à des révélations qu’il avait publiées sur des anomalies financières concernant l’application locale d’un plan d’accès au logement, le PM Awas Yojana, il a reçu des messages lui promettant des “conséquences fatales” s’il continuait ses investigations. L’Hindustan Times s’est procuré le texte de sa plainte, dans laquelle Chandan Tiwari désigne nommément les trois personnes qui l’ont menacé, dont le mari d’une mukhiya, une cheffe de communauté villageoise. Rien n’a été fait pour le protéger.


“Nous appelons les enquêteurs à tout faire pour retrouver les auteurs du meurtre atroce de Chandan Tiwari - exécutants et commanditaires, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Surtout, les autorités fédérales indiennes doivent prendre, en accord avec les gouvernements de chaque État, de sérieuses mesures pour que les journalistes qui alertent la police sur des menaces de mort bénéficient enfin d’une protection effective.”


Six journalistes tués en 2018


Chandan Tiwari est le deuxième journaliste à être assassiné dans le district de Chatra en deux ans, après le meurtre du journaliste TV Indradev Yadav en mai 2016. Les enquêteurs ont conclu que les responsables étaient liés au Comité Tritiya Prastuti - la même faction maoïste que celle citée dans l’une des plaintes de Chandan Tiwari - même si des doutes persistants ont émaillé l’enquête.


Au lendemain de l’enlèvement de Chandan Tiwari, hier mardi 30 octobre, le journaliste reporter d’image Achyutananda Sahu trouvait lui-même la mort dans un échange de tirs entre policiers et rebelles maoïstes dans l’Etat voisin du Chhattisgarh.


RSF a lancé une “procédure d’alerte” à propos de la situation de la liberté de la presse en Inde en juillet dernier. En effet, plusieurs indicateurs se sont dégradés depuis le début de l’année, dont l’indice qui recense les exactions commises contre les journalistes. Avec désormais six journalistes tués, le pays risque de perdre à nouveau des places, en 2019, dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.


L’Inde y occupe en 2018 la 138e place sur 180 pays.