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7 octobre 2020

RSF condamne l’arrestation de la journaliste vietnamienne Pham Doan Trang

Pham Doan Trang a laissé derrière elle une lettre intitulée “Juste au cas où je suis emprisonnée”, dans laquelle elle invite ses concitoyens à poursuivre son combat pour un Vietnam libre (photo : Facebook / Phanm Doan Trang).
Honorée il y a un an du prix RSF de l’impact, Pham Doan Trang a été arrêtée hier soir à Hô-Chi-Minh-Ville. Reporters sans frontières (RSF) exige sa libération immédiate et inconditionnelle.

“Je ne veux pas de liberté pour moi-même, ce serait trop facile. Non, je veux quelque chose de plus grand : la liberté pour le Vietnam.” C’est l’un des messages que la journaliste Pham Doan Trang a inscrit dans une lettre qu’elle a écrite en mai 2019, et qui avait vocation à être rendue publique au cas où elle fut arrêtée. 


De fait, la journaliste a été interpellée la nuit dernière, mardi 6 octobre vers 23 h 30, à Hô-Chi-Minh-Ville, et placée en détention pour “propagande contre l’Etat”.


“L’arrestation de Pham Doan Trang est une nouvelle étape dans la fuite en avant vers la répression que suit l’actuelle direction du Parti communiste vietnamien, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Son seul crime a été de livrer à ses concitoyens des informations indépendantes, et à leur permettre d’exercer pleinement leurs droits garantis par la Constitution du pays. Sa place n’est pas en prison, elle doit être libérée sur-le-champ."


Séquelles


En fait de “propagande”, Pham Doan Trang a fondé le magazine juridique en ligne Luât Khoa, et anime la rédaction de thevietnamese – deux publications qui permettent à leurs lecteurs de s’emparer des lois du pays pour défendre leur droit et combattre l’arbitraire du Parti.


Elle est aussi l'auteure de plusieurs livres, dont “La politique pour le peuple”. Son travail le plus récent est une enquête qu’elle a menée sur le massacre de Dong Tam, du nom d’un village en banlieue de Hanoi, que la police a violemment envahi en janvier dernier pour mater la résistance de villageois qui contestaient l'accaparement de leurs terres par les autorités. 


RSF a échangé avec Pham Doan Trang il y a cinq semaines. La journaliste était alors temporairement hospitalisée en raison de séquelles liées à l’attaque qu’elle a subi en août 2018, lorsque la police d’Hô-Chi-Minh-Ville l’avait arrêtée et battue.


Le Vietnam stagne dans les abîmes du Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2020, à la 175e place sur 180 pays.