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24 août 2018

RSF appelle Pékin à cesser le chantage au visa à l’encontre des correspondants étrangers

La directrice du bureau de Buzzfeed News en Chine a été contrainte mercredi d’annoncer son départ, faute d’un nouveau visa. RSF appelle Pékin à cesser d’utiliser le renouvellement du visa comme outil de chantage à l’encontre des journalistes étrangers.

Megha Rajagopalan, directrice du bureau de Pékin de Buzzfeed News et ancienne membre du bureau du Club des correspondants étrangers de Chine (FCCC), a été contrainte d’annoncer ce mercredi 22 août qu’elle ne retournerait pas en Chine, son visa n’ayant pas été renouvelé au cours de l’été et ce sans raison officielle. Selon Buzzfeed, elle poursuivra son travail de correspondante depuis le Moyen-Orient, sans plus de précisions.


Cette journaliste américaine chevronnée, qui couvrait l’actualité chinoise depuis six ans et dirigeait le bureau de Buzzfeed depuis août 2016, avait reçu le 12 mai dernier le Prix du journalisme des droits de l’homme, organisé à Hong Kong, pour un reportage sur les persécutions de la minorité Ouïghoure dans la province du Xinjiang (nord-ouest), dont l’accès est très limité pour les journalistes étrangers.


L’expulsion de fait de Megha Rajagopalan vient grossir la liste des abus commis à l’encontre des journalistes étrangers dont le travail déplait au pouvoir chinois” s’indigne Cédric Alviani, directeur du bureau Asie de l’Est de Reporters Sans Frontières (RSF). Ce comportement est d’autant plus choquant que Pékin exploite l’ouverture des pays démocratiques en matière de liberté de la presse pour y développer sa propagande.”


Dans son rapport annuel publié en février, le (FCCC) décrivait l’acharnement croissant déployé par les autorités pour empêcher la presse étrangère de faire son travail, notamment en utilisant la menace de non-renouvellement du visa. En 2016, le journaliste suédois Jojje Olsson avait ainsi dû quitter la Chine faute de visa, tout comme Ursula Gauthier, la correspondante de l’Obs, l’année précédente. En 2012, le New York Times et Al Jazeera avaient aussi été touchés par des expulsions, tout comme le quotidien canadien Globe and Mail en 2009.


La Chine est au 176ème rang sur 180 pays dans le classement mondial RSF de la liberté de la presse 2018 avec plus de 50 journalistes emprisonnés.