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24 août 2021 - Mis à jour le 31 août 2021

RSF appelle les parlementaires sud-coréens à rejeter un amendement anti-désinformation dangereux pour le journalisme

PHOTO: KIM HONG-JI / AFP / POOL
Reporters sans frontières (RSF) appelle les parlementaires sud-coréens à s'abstenir d'adopter un amendement anti-désinformation, qui, dans sa forme actuelle, pourrait être instrumentalisé contre les médias.

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Actualisation - 31 août 2021


Le vote de l'amendement à la Loi sur l'arbitrage des médias a été reporté au 27 septembre 2021.

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Mercredi 25 août, le Parti démocrate de Corée du Sud, qui détient une large majorité à l'Assemblée nationale, soumettra au vote un amendement à la Loi sur l'arbitrage des médias qui prévoit de durcir les pénalités au civil contre les médias jugés responsables d’avoir publié des informations « fausses » ou « fabriquées ». Une coalition de sept organisations du domaine des médias, dont l'Association des journalistes de Corée du Sud (JAK), partenaire de RSF, a appelé au retrait de cet amendement, arguant de l’absence d’une définition claire des termes « faux » et « fabriqué ».


L’amendement prévoit d’alourdir les peines infligées en cas de diffusion de fausses informations « intentionnellement » ou « par négligence grave » avec une amende cinq fois supérieure au montant des dommages estimés. Il n'inclut pas de définition détaillée de l'infraction et n’indique pas de quelle manière seront démontrés le caractère erroné de l’information et l'intention malveillante du média mis en cause. En réponse à certaines critiques, le parti au pouvoir a récemment révisé le texte afin que les hauts fonctionnaires du gouvernement et les dirigeants de grandes entreprises ne puissent pas demander des dommages-intérêts punitifs et afin que les journalistes soient exemptés de poursuites.


« Ce projet d’amendement peut ouvrir la porte à des interprétations arbitraires et risque d’être instrumentalisé pour faire pression sur les médias », s’inquiète le directeur du bureau Asie de l'Est de RSF, Cédric Alviani, qui appelle les parlementaires sud-coréens à s'abstenir d'adopter le texte. « Quelle que soit la légitimité de la lutte contre la désinformation, les législateurs ne devraient jamais créer de nouveaux outils juridiques sans s'assurer qu'ils incluent des garanties suffisantes, car les décisions de justice peuvent être très subjectives sur ces questions sensibles ».


Pour répondre au phénomène de la désinformation en ligne, RSF et plusieurs autres organisations de la société civile ont initié le Forum sur l'information et la démocratie, qui a publié l’an dernier un ensemble de 250 recommandations. Le Journalism Trust Initiative (JTI), un autre projet lancé par RSF et soutenu par l’association sud-coréenne JAK, vise à réduire l’influence des producteurs de désinformation en encourageant les moteurs de recherche à privilégier les médias respectueux de l'éthique journalistique.


En septembre 2019, le secrétaire général de  Reporters sans frontières (RSF), Christophe Deloire, a été reçu par le président sud-coréen Moon Jae-in à la Maison Bleue, le palais présidentiel sud-coréen à Séoul. Deux ans auparavant, lors d'une précédente mission de RSF en Corée du Sud, l'administration du président Moon s'était engagée à faire remonter d’ici à 2022 le pays au 30e rang du Classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF.


La Corée du Sud est classée 42ème sur 180 pays au Classement mondial 2021 de la liberté de la presse.