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5 février 2018 - Mis à jour le 6 février 2018

RSF appelle les journalistes à quitter Apple iCloud Chine avant le 28 février

RSF appelle les journalistes et blogueurs utilisant Apple iCloud Chine à changer de zone géographique ou à fermer leurs comptes avant le 28 février, date à laquelle leurs données passeront sous le contrôle de l’État chinois.

Lorsque Apple avait retiré de sa boutique chinoise les services VPN permettant de contourner la censure et la surveillance, en août dernier, à la demande de Pékin, Reporters sans frontières (RSF) s’inquiétait du fait que les données personnelles des utilisateurs d’Apple doivent un jour être ”partagées avec la grande famille du Parti”. Ce cauchemar est malheureusement en passe de se réaliser: le 28 février, pour “améliorer la vitesse et la fiabilité du service” et “se conformer avec la loi chinoise”, l'exploitation de l’iCloud chinois passera sous le contrôle de Guizhou-Cloud Big Data (GCBD), une entreprise liée au gouvernement provincial de Guizhou (sud).


RSF met en garde les journalistes et blogueurs utilisant le service iCloud Chine contre le danger que représente cette migration, tant pour leur propre sécurité que pour celle de leurs sources, et leur recommande de migrer leur compte vers une autre zone géographique, ou de le fermer, avant le 28 février. iCloud stocke en effet la plupart des données personnelles des utilisateurs d’appareils Apple, dont le carnet d’adresse, les photos, les documents, les courriels, l’historique des connections internet, les données de géolocalisation et les mots de passe. D’autres multinationales, comme Microsoft, IBM et Amazon, hébergent aussi leurs données en Chine, mais sans que cela ne recouvre un tel volume d’informations personnelles.


La confidentialité menacée


Apple promet qu’elle ne donnera jamais aux autorités la possibilité d’accéder aux contenus [via le système dit de porte dérobée], mais il n’existe aucun moyen d’en avoir la certitude, s’alarme Cédric Alviani, directeur du bureau RSF Asie de l’Est. Connaissant la détermination et l’étendue des moyens de pression du pouvoir chinois, il finira tôt ou tard par obtenir satisfaction, si ce n’est pas déjà le cas.” Les avocats d’Apple eux-même ne se font guère d’illusions sur la confidentialité du futur service, puisqu’ils ont pris la précaution d’ajouter dans les nouvelles conditions d’utilisation une clause qui autorise “l’accès aux données d’utilisateurs (y compris les contenus).”


RSF dénonce la complaisance d’Apple envers le régime autoritaire chinois, alors que la multinationale, dont le revenu annuel approche celui de la Finlande, affichait au dernier trimestre le bénéfice historique de 20 milliards de dollars. Le zèle déployé pour satisfaire Pékin est d’autant plus choquant que la firme à la pomme est connue pour son peu d’empressement à obéir aux injonctions des États, notamment en matière de transparence fiscale.


Alors que Google et Facebook cherchent activement à faire lever l’interdiction qui les frappe en Chine, le précédent créé par Apple risque d’encourager Pékin à exiger davantage de concessions de leur part, augmentant le danger qui pèse sur les défenseurs de l’information libre, leurs contacts et leurs familles. La Chine occupe le bas du classement RSF de la liberté de la presse (176e sur 180 pays).