Actualités

13 juin 2018 - Mis à jour le 15 juin 2018

RSF appelle les députés vietnamiens à abroger la loi sur la cybersécurité

Des dizaines de milliers de Vietnamiens sont descendus dans les rues dimanche dernier, comme ici à Hô-Chi-Minh-Ville, pour protester, entre autres, contre la loi sur la cybersécurité (photo : Kao Ngyuen / AFP).
L’Assemblée nationale du Vietnam a adopté cette semaine une loi contre la cybercriminalité draconienne, inspirée du modèle chinois. Reporters sans frontières (RSF) appelle les députés à abroger au plus vite ce texte qui porte gravement atteinte à la liberté d’informer.

Encore une offensive massive dans la guerre impitoyable que livre la direction actuelle du Parti communiste vietnamien (PCV) contre les voix indépendants du pays. Mardi 12 juin, l’Assemblée nationale a adopté à 86% le projet de loi sur la cybersécurité qui lui était présenté. Le texte, sorte de copié-collé de la législation que la Chine applique depuis le 1er juin 2017, risque d’avoir de terribles conséquences sur la liberté d’informer.


Ses articles 8 et 15, notamment, criminalisent la “négation des accomplissements de la révolution”, ”l’offense aux héros nationaux” ou la distribution d’”informations trompeuses susceptibles de semer de la confusion au sein de la population”... Des formulations floues qui pourraient désigner quiconque livre sur Internet une information qui déplaît au pouvoir. Autre élément alarmant : les plates-formes comme Google ou Facebook seront contraintes de censurer tout contenu jugé litigieux par le gouvernement, de stocker les données des utilisateurs sur le sol vietnamien et de les livrer à la demande des autorités. Le texte est censé entrer en vigueur le 1er janvier 2019.


“Nous appelons les députés vietnamiens à abroger au plus vite cette nouvelle législation liberticide qui renforce encore un peu plus le contrôle du pouvoir sur l’accès à l’information, déplore Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. En dépit de l’emprisonnement d’une trentaine de blogueurs, malgré la surveillance de la toile et les armées de trolls engagées par l’armée, l’Internet restait jusqu’à présent le seul espace pour l’échanges d’informations fiables et indépendantes entre les citoyens. C’est cette poche de résistance que l’actuelle direction du Parti veut écraser. Nous demandons également aux plateformes numériques de ne pas céder à ce chantage insupportable.”


Résister au contre-modèle chinois


Même si l’ensemble de la presse traditionnelle, inféodée au PCV, n’a pas eu le droit d’en parler, de nombreuses personnalités vietnamiennes, membres ou non du Parti, ont émis de sérieuses réserves sur le contenu de cette loi. Intellectuels, juristes, anciens combattants, et même plusieurs parlementaires… Non seulement condamnent-ils la lourdeur des atteintes au droit d’informer, mais ils soulignent surtout que l’application de ce texte aura des effets dévastateurs sur l’économie du pays. Une pétition, lancée en ce sens, a déjà recueilli plus de 63.000 signatures.


D’autres intellectuels, comme le blogueur Manh Kim, s’inquiètent aussi de l’influence grandissante du voisin chinois. “On sait que les forces de cybersécurité vietnamiennes sont formées en Chine, explique-t-il dans un post du 11 juin. On sait que c’est la Chine qui a conçu et construit nos infrastructures de cybersécurité. [...] Cela reflète la détermination du chef du Parti : jamais l’intention de placer le Vietnam dans l’orbite de la Chine n’a été aussi claire.”


Ces inquiétudes quant à l’économie et la souveraineté du pays liées à cette loi sur la cybersécurité ont entraîné des manifestations monstres dans tout le pays dimanche 10 juin, réunissant plusieurs dizaines de milliers de personnes. Une phrase, entre autres, circule depuis sur les réseaux sociaux : “Nous nous battrons jusqu’au bout”.


Le Vietnam stagne dans les abîmes du Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2018, à la 175e place sur 180 pays.