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27 avril 2018

RSF appelle les autorités indiennes à protéger la journaliste Rana Ayyub

Rana Ayyub était cette semaine à New Delhi pour recevoir le prix de "l'icône de la jeunesse de l'année" (photo : Chandan Khanna / AFP).
Reporters sans frontières (RSF) dénonce la campagne de haine sans précédent qui frappe depuis une semaine la journaliste indépendante Rana Ayyub, et appelle le gouvernement indien et la police de New Delhi à tout mettre en œuvre pour assurer sa protection.

C’est un enfer sur terre que vit depuis le début de la semaine la journaliste Rana Ayyub. Après la parution, dimanche 20 avril, d’un faux tweet lui attribuant des propos invraisemblables selon lesquels elle soutiendrait des violeurs d’enfants et prendrait la défense des musulmans contre le gouvernement nationaliste hindou, un effroyable déchaînement de haine s’est développé sur les réseaux sociaux.


Tombereau d’insultes sexistes, publications de vidéos pornographiques avec sa tête incrustée, appels au viol collectif ou au meurtre… “Je n’ai pas pu dormir pendant trois nuits, a-t-elle déclaré à RSF. Je ne pouvais plus parler. Les trolls ont posté mon numéro de téléphone et mon adresse personnelle. Avec une haine si profonde, qu’est-ce qui va les empêcher de venir chez moi en meute et me tuer?” La journaliste a porté plainte auprès de la police de New Delhi, où elle se trouvait lorsqu’elle a reçu ces messages. Un post Facebook laisse peu de doute sur la provenance de cette campagne: “Tu vois, Rana Ayyub, voilà ce qu’ils ont diffusé sur toi. Alors ne t’avise pas de parler à nouveau des Hindous et de Modi.”


“Les autorités doivent immédiatement prendre de sérieuses mesures pour assurer la protection physique de Rana Ayyub, avertit Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Cette campagne de haine rappelle dangereusement celle qui a précédé l’assassinat de la journaliste Gauri Lankesh en septembre dernier, vraisemblablement par des membres de la droite nationaliste hindoue. Le gouvernement et le parti au pouvoir, dont on sait qu’ils s’appuient sur des armées de trolls, sont responsables de sa sécurité. La police de New Delhi doit tout faire pour que cesse ce harcèlement.”



Nominée en octobre dernier pour le prix RSF de la liberté de la presse, Rana Ayyub est notamment célèbre pour son enquête sur l’instrumentalisation par Narendra Modi des émeutes anti-musulmans au Gujarat en 2002, ce qui a marqué les débuts de son ascension jusqu’au poste de Premier ministre. Depuis la victoire de son parti aux élections générales en 2014, les journalistes témoignent régulièrement des pressions dont ils sont victimes s’ils osent critiquer Narendra Modi ou son gouvernement, ce qui a entraîné une hausse considérable de l’autocensure dans la presse indienne.


En chute de deux places dans le classement mondial de la liberté de la presse 2018 que RSF vient de publier, l’Inde se situe désormais en 138e position sur 180 pays.