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30 janvier 2020 - Mis à jour le 10 février 2020

RSF appelle le Congrès philippin à renouveler la licence des chaînes du groupe ABS-CBN

ABS-CBN est l’une des cibles favorites du président Rodrigo Duterte (photo : Noel CELIS - image : DB / RSF).
A deux mois de l’expiration de la licence de diffusion, Reporters sans frontières (RSF) demande aux parlementaires de résister aux menaces du président Rodrigo Duterte en garantissant la pérennité des stations du principal réseau audiovisuel du pays.

Si rien n’est fait, les chaînes de radio et de télévision d’ABS-CBN stopperont de diffuser le 30 mars à minuit, date d’expiration de leur licence de diffusion. D'une durée de 25 ans, cette licence avait été votée par le Congrès philippin le 30 mars 1995. Mais son renouvellement semble aujourd'hui compromis, tant la majorité parlementaire, acquise au bouillant président Rodrigo Duterte, lequel multiplie les insultes et les tentatives d’intimidation contre ABS-CBN depuis son arrivée au pouvoir, laisse planer un doute.


Ce n’est pas faute de s’être préparé à l’avance. ABS-CBN a formulé sa demande de renouvellement dès 2014. Une première proposition de loi allant dans ce sens, la “House Bill 4349”, a été présentée devant la Chambre des Représentants le 10 novembre 2016. Huit autres propositions ont, depuis, été déposées, sans qu’aucune ne soit finalement soumise au vote.


“En tant que principal groupe audiovisuel qui offre une information indépendante, vérifiée et gratuite à des millions de citoyens, ABS-CBN joue un rôle absolument fondamental pour l’exercice démocratique aux Philippines, remarque Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF.


"C’est pourquoi nous appelons les parlementaires, à commencer par le député de la majorité Franz Alvarez, président du comité législatif sur les licences, à résister aux pressions de la présidence et à inscrire immédiatement à l’ordre du jour la question de ce renouvellement. Il en va de la crédibilité de l’équilibre des pouvoirs et de la démocratie philippine.”


Diffusant, entre autres, des informations concernant l'expéditive “Guerre à la drogue” menée par Rodrigo Duterte, avec les nombreuses exécutions sommaires qui l’accompagnent, ABS-CBN est l’une des cibles favorites du président de la République. A peine élu, en mai 2016, il avait menacé d’annuler la licence de diffusion du groupe audiovisuel. Puis, au fil des mois, il a accusé la chaîne, pêle-mêle, de “publier de la merde”  (30 mars 2017), d’avoir voulu “l’escroquer” (27 avril 2017) ou encore d’être “des enfants de putains” (19 mai 2017). 


Le 3 décembre dernier, le président Duterte a commencé à formuler des menaces légèrement plus feutrées : “Si vous pensez que la licence sera renouvelée, je suis désolé. Je ferai en sorte de vous virer.” Enfin, trois mois, jour pour jour, avant l’échéance du 30 mars, il a finalement conseillé aux propriétaires du groupe de “simplement vendre”


L’Union nationale des journalistes des Philippines a lancé une pétition en ligne pour exiger le renouvellement de la licence d’ABS-CBN, ainsi qu’une campagne sur les réseaux sociaux autour du mot-dièse #NoToABSCBNShutdown


Les Philippines se classent à la 134e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2019 établi par RSF.