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21 novembre 2018

RSF appelle à la retenue après une série d’attaques contre les journalistes par les “gilets jaunes”

AFP
Le mouvement des “gilets jaunes” donne lieu depuis plusieurs jours à d’inquiétantes agressions verbales et physiques à l’égard des médias et de BFMTV en particulier. Reporters sans frontières (RSF) dénonce ces comportements et appelle à la retenue, rappelant que les journalistes incriminés ne font qu’exercer leur devoir d’informer.

Depuis l’appel à la mobilisation des “gilets jaunes”,  les manifestations hostiles aux journalistes et aux médias se multiplient.  Suspectés de produire des "mensonges", les journalistes sont traités de “bâtards”, “menteurs”,  “vendus”, “collabos” ou de “macronistes”. La chaîne BFM TV -qui s’est fait le relais de nombreuses manifestations pendant le week-end- qualifiée de "média corrompu" ou "BFMTV menteur", est particulièrement visée par les violences des manifestants.

 

Le journaliste de BFMTV Raphaël Maillochon a dû brusquement interrompre son duplex, samedi 17 novembre, sur les Champs Elysées quand un inconnu lui a violemment écrasé un oeuf sur la tête.  Un autre journaliste de la chaîne d’information en continu, a vu son intervention en direct perturbée par la présence d'un manifestant arborant un maillot détournant le logo et le slogan de la chaîne : "BFMTG, FAKE 24/7" (ndlr: BFMTG pour “BFM Ta Gueule”). Lundi 19 novembre, dans la région de Bordeaux, une équipe de la chaîne insultée et prise pour cible par des jets de pierres et de canettes a été contrainte de quitter les lieux sous protection policière. Le même jour, un rassemblement a même été organisé devant les locaux de la télévision par une cinquantaine de “gilets jaunes” pour protester contre le traitement du mouvement sur l’antenne de la chaîne.

 

BFMTV n'a pas été le seul média à avoir été pris pour cible ce week-end. Une autre chaîne d’information en continu, LCI,  déplore également des "crachats" sur une de ses équipes et des "insultes multiples" contre ses journalistes présents sur le terrain. Sur un barrage filtrant à Besançon, un journaliste bénévole de la radio associative Bip a également essuyé des injures racistes avant d’être frappé au visage.  Une pigiste travaillant pour plusieurs chaînes d’information à Montpellier, Céline Durchon, témoigne :  "Jamais je n'avais ressenti une telle haine" après s’être retrouvée encerclée par plusieurs centaines de “gilets jaunes” en colère.

 

“RSF dénonce la multiplication des agressions verbales et physiques contre les journalistes, qui révèlent une montée très inquiétante de la défiance contre les médias, déclare Pauline Adès-Mével, responsable de la zone UE- Balkans de RSF. Les “gilets jaunes” ne doivent pas se tromper de cibles : les reporters ne doivent pas être identifiés comme des intermédiaires ou des porte-parole du gouvernement. Déployés sur le terrain, ils ne font que leur devoir d’informer et de rapporter des faits observés. Il est essentiel de rétablir un dialogue entre les  manifestants et les professionnels des médias afin que blocages et barrages filtrants ne soient plus le lieu de ce déploiement d’hostilité.

 

Plusieurs photomontages et commentaires haineux à l’égard des journalistes dans leur ensemble ont aussi été repérés sur des pages Facebook de "gilets jaunes". Les menaces et les agressions sont telles que de plus en en plus de rédactions recourent à des gardes du corps pour protéger les journalistes sur le terrain, tandis que sur les réseaux sociaux certains journalistes évoquent désormais leurs craintes de partir en reportage. Dimanche 18 novembre, dans la région de Montpellier, un collectif intitulé #Payetoiunjournaliste a été créé pour dénoncer ces violences et le presse bashing ambiant.

 

La France  est située à la 33e place du Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières en 2018.